PARCHAT CHEMINI

"DIS-MOI CE QUE TU MANGES,

JE TE DIRAI QUI TU ES"

Ce dicton doit-il être pris au sérieux ? Jusqu'à quel point ce que nous mangeons nous influence t-il ?
S'il est vrai que la santé du corps dépend pour beaucoup de la qualité de la nourriture, peut-on en dire autant de la santé de l'âme, de l'esprit ?
Manger non cacher est métamtèm èt halev, c'est-à-dire "obstrue le coeur". Comment comprendre qu'un simple aliment puisse imprimer une quelconque trace sur nos sentiments ou nos pensées?
La Guémara (Pessahim 49b) nous enseigne que "seul celui qui est ossek bathora, préoccupé par l'étude de la Thora, peut consommer de la viande! Le am haarets, celui qui n'étudie pas la Thora, ne peut manger de repas carnés."
Le Ma'archa explique cela par le fait que le premier ne risque pas de manger non cacher, puisqu'il connaît les détails des lois de la cacherout, alors que le second est susceptible de trébucher.
Selon le Rambam (Maïmonide-Guide des égarés III-11), les dégâts que l'homme produit envers lui même ou envers autrui sont la conséquence d'une absence de discernement, d'un manque de connaissance, tel le non-voyant qui, en trébuchant peut causer du mal aux autres en même temps qu'à lui-même.
A travers les Mitsvot qui réglementent la nourriture permise et interdite, la Thora vise à susciter une distance et une meilleure maîtrise de notre rapport au manger.
La consommation de viande était défendue à Adam Harichon, le premier homme, seuls les végétaux étaient destinés à sa nourriture (Béréchit I, 29).
L'abattage de "victimes innocentes" comporte en effet un acte de cruauté et de violence. L'autorisation accordée ultérieurement à Noah' et à ses descendants (Béréchit IX, 3), fut motivée par la nécessité de corriger l'erreur généralement répandue qui avait conduit au déluge.
En effet, la défense de consommer de la viande était interprétée comme l'égalité des positions de l'homme et de l'animal. Conclusion: les hommes pensaient ne pas être plus responsables de leurs actes que les animaux, ce qui entraîna une terrible dégradation morale.
L'autorisation de manger de la viande invite l'homme à prendre conscience de sa supériorité par rapport à l'animal et surtout de son degré de responsabilité.
Nous comprenons maintenant qu'Adam n'avait pas besoin de cette affirmation : pour lui, la distance avec la bête était évidente, vue sa proximité avec Hachem, avec D..
Le Maharal explique (Nétivot olam- Nétiv Hatora 15) qu'ingérer et assimiler de la viande exprime l'idée selon laquelle "l'animal" qui est en l'homme n'existe plus, est entièrement maîtrisé. Ainsi, celui qui est ossek batora, réalise un travail quotidien de maîtrise de ses pulsions, s'efforce de "dompter" la bête qui est en lui, au point qu'elle n'existe plus. L'animal agit uniquement par instinct. Ses pulsions déterminent son comportement. Il n'a pas de recul, de réflexion par rapport aux situations.
A contrario, à nous de gérer cette attitude qui consiste à réagir "par réflexe", pour progressivement être totalement maître de nos actions.
Consommer de la viande, d'accord, mais pas n'importe laquelle...
A travers des caractéristiques très précises, les animaux que la Torah permet présentent un caractère pacifique, non agressif...
Selon Abarbanel, les ruminants ne possèdent pas l'appareil dentaire qui leur permettrait de broyer des os. Ils se nourrissent donc de végétaux et n'ont pas le caractère féroce des bêtes sauvages. Leurs sabots fendus dépourvus de griffes les rend pacifiques et inoffensifs.
Ruminer... tout un programme! Travailler et retravailler une réflexion, un Dvar Torah, ne pas se contenter d'une réponse définitive, interroger et rouvrir le débat, poser à nouveau la question, la formuler différemment pour mieux l'appréhender, pour mieux la cerner. Voilà ce que nous inspire le bovin!
Mais, le danger nous guette d'être paralysé par la réflexion, de rester au stade de la pensée, de stagner.
Le symbole du sabot fendu nous donne la possibilité d'éviter cet écueil: il accroche bien au sol et permet d'avancer, de s'engager plus en avant dans l'action.
Concernant les volatiles, la Thora proscrit tous les rapaces. L'aigle, fondant sur sa proie, symbolise le manque de confiance, comme si sa nourriture risquait de lui échapper.
Nous savons que la Parnassa, le gagne pain, ne dépend pas de la dose d'agressivité que l'on peut déployer pour "réussir": c'est Hachem, D., qui pourvoit aux besoins de chacun, ce qui est déterminé à Roch Hachana.
Dernier exemple: la cigogne, appelée Hassida, celle qui dispense le bien, devrait être autorisée à la consommation puisqu'elle incarne des valeurs de générosité et de bonté. Prudence: elle est si soucieuse de nourrir et d'aider ses congénères qu'elle peut aller jusqu'à oublier ses propres petits!
La plus belle Mida, qualité, poussée trop loin peut devenir aberrante. Trop de Hessed (bonté) tue le Hessed !
Voilà quelques réflexions pour le plat de résistance. Une analyse concernant les poissons, les reptiles ou le mélange lait-viande nécessite quelque peu d'être encore mijotée et ruminée!
Bon appétit


© Centre d'Etudes Juives Ohel Torah

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