PARCHAT BALAK

REGALIM ou PEAMIM ?

(d'après un dvar thora de Rav Itshak. JESSURUN)

Dr Jean Paul Courchia
Endocrinologue, Marseille

L'ânesse vit l'ange du Seigneur debout sur son passage et l'épée nue à la main; L'ânesse s'écarta de la route et alla à travers champs; Bilam frappa l'ânesse pour la ramener sur la route.

L'ange du Seigneur se plaça dans un chemin creux entre les vignes, - clôture deçà, clôture delà. L'ânesse vit l'ange du Seigneur, se serra contre le mur, et froissa contre le mur le pied de Bilam qui recommença à la frapper.

Mais l'ange du Seigneur recommença à prendre les devants, et il se plaça dans un lieu étroit, où il n'y avait point de place pour se détourner ni à droite ni à gauche. L'ânesse vit l'ange du Seigneur et se coucha sous Bilam. La colère de Bilam s'enflamma et il frappa l'ânesse de son bâton.

Alors le Seigneur ouvrit la bouche de l'ânesse qui dit à Bilam : "Que t'ai-je fait, pour que tu m'aies frappée ainsi à trois reprises ?".

Cet épisode de la Paracha Balaq nous interpelle à plus d'un titre : une ânesse qui voit ce que l'Homme ne voit pas, une ânesse qui parle ! De nombreux commentaires sont portés sur les vertus physiques de cet animal, mais nous allons nous intéresser aux paroles que D. a mis dans la bouche de l'ânesse.

Le terme utilisé par lA Thora pour dire "à trois reprises" est  zé chaloch régalim. Pourquoi la Thora utilise ce terme alors que le mot péamim  aurait été plus évident dans ce contexte. D'ailleurs le Targum Onkelos comptabilise les deux expressions. Si le mot péamim  est utilisé plus d'une centaine de fois dans la Thora, comme :

le mot régalim  est utilisé seulement quatre fois dans toute la Thora :

Trois fois dans la paracha Balaq :

une fois dans la paracha Michpatim : Rachi sur le premierchaloch régalim  de la paracha nous dit : "il lui fit l'allusion suivante : tu veux anéantir une nation qui célèbre annuellement les trois fêtes de Pèlerinage." L'ânesse semble donc mettre en garde Bilam, en lui disant qu'il ne peut maudire le peuple Juif qui fête Pessah, Chavouot et Souccoth. Et si il n'y en avait seulement deux, la malédiction aurait elle pu avoir lieu ?

Pour cela revoyons la signification des trois fêtes de pèlerinage :

1. Pessah :

Le peuple juif sort d'Egypte, sort de l'esclavage. Il s'agit d'une libération physique, c'est la libération du corps. Maudire un peuple qui n'aurait que la liberté corporelle ou matérielle est aisé. On le verra dans le futur à travers Haman qui fut un des premiers à vouloir exterminer physiquement le peuple juif. Il ne fut pas malheureusement pas le seul.
 

2. Chavouot :

A peine libéré d'Egypte, le peuple juif a rendez-vous au Mont Sinaï. Il va obtenir sa libération spirituelle. Le don de la Thora donne aux bné Israèl la force de l'esprit, de la réflexion. Briser la liberté de l'esprit a été également le désir de nombreux ennemis d'Israèl. Le but des Grecs n'était pas la seule domination physique mais la domination de l'esprit.

C 'est cette opposition symbolisée par les fêtes de Pessah - Pourim, et Chavouot - Hanoucah qui a du motiver Bilam, mais l'ânesse le met en garde. L'utilisation du terme chaloch régalim  est là pour nous signifier l'importance de la fête de Souccoth. Sans cette troisième fête de pèlerinage les bné Israèl auraient été une proie pour Bilam. Qu'elle est donc la spécificité de cette fête ?
 

3. Souccoth :

Un sujet du roi était perdu dans une forêt un jour de grand froid. Il errait dans la neige ne retrouvant plus son chemin. Tout à coup il entend du bruit puis voit des chevaux. C'est la garde devançant le carrosse du roi. Il reste là devant la route regardant défiler tout le cortège du roi. Puis, vint le carrosse. A sa plus grande surprise le carrosse le dépassa puis ralentit_ et s'arrêta. La porte du carrosse s'ouvrit et un garde vint le chercher pour le faire entrer. Là bien au chaud on lui donna des linges royaux pour qu'il s'essuie et se réchauffe. Il séjourna trois jours dans le palais du roi, et quand il eu repris ces forces, il remercia le roi et partit. Avant de partir il demanda au roi une faveur; celle de conserver un de ces linges royaux qu'on lui avait donné dans le carrosse. Depuis, tous les ans, il sort ce bout de tissu brodé, l'embrasse, le respire et il se souvient de ce moment incroyable quand il était chez son maître. Ce machal (parabole) illustre ce qu'est la fête de Souccoth. Tous les ans nous vivons dans les cabanes et nous nous rappelons le moment d'intimité que nous avons eu avec D. dans les "nuées de gloire".

Cette troisième dimension du peuple juif, l'intimité avec D. nous est spécifique. Bilam ne peut maudire le peuple qui a habité chez le Roi. Sans cette attachement entre D. et les bné Israèl, Bilam aurait pu réussir, mais D. à travers la bouche de l'ânesse en utilisant volontairement le mot régalim  tente une nouvelle fois de le décourager.

Puissions nous retrouver rapidement cette intimité de manière permanente.


© Centre d'Etudes Juives Ohel Torah

fleche hautPage principale