PARCHAT BALAK
REGALIM ou PEAMIM ?
(d'après un dvar thora de Rav Itshak. JESSURUN)
Dr Jean Paul Courchia
Endocrinologue, Marseille
L'ânesse vit l'ange du Seigneur debout sur son passage et l'épée
nue à la main; L'ânesse s'écarta de la route et alla
à travers champs; Bilam frappa l'ânesse pour la ramener sur
la route.
L'ange du Seigneur se plaça dans un chemin creux entre les vignes,
- clôture deçà, clôture delà. L'ânesse
vit l'ange du Seigneur, se serra contre le mur, et froissa contre le mur
le pied de Bilam qui recommença à la frapper.
Mais l'ange du Seigneur recommença à prendre les devants,
et il se plaça dans un lieu étroit, où il n'y avait
point de place pour se détourner ni à droite ni à
gauche. L'ânesse vit l'ange du Seigneur et se coucha sous Bilam.
La colère de Bilam s'enflamma et il frappa l'ânesse de son
bâton.
Alors le Seigneur ouvrit la bouche de l'ânesse qui dit à
Bilam : "Que t'ai-je fait, pour que tu m'aies frappée ainsi à
trois reprises ?".
Cet épisode de la Paracha Balaq nous interpelle à plus
d'un titre : une ânesse qui voit ce que l'Homme ne voit pas, une
ânesse qui parle ! De nombreux commentaires sont portés sur
les vertus physiques de cet animal, mais nous allons nous intéresser
aux paroles que D. a mis dans la bouche de l'ânesse.
Le terme utilisé par lA Thora pour dire "à trois reprises"
est zé chaloch régalim. Pourquoi la Thora utilise
ce terme alors que le mot péamim aurait été
plus évident dans ce contexte. D'ailleurs le Targum Onkelos comptabilise
les deux expressions. Si le mot péamim est utilisé
plus d'une centaine de fois dans la Thora, comme :
-
Chela'h Lekha (14:22) : "...et qui m'ont tenté dix fois déjà"
(essré péamim)
-
Houquath (19:4) : "...et il fera aspersion de son sang vers la face de
la tente d'assignation, sept fois." (chéva péamim)
-
Balaq (24:10): "C'est pour maudire mes ennemis que je t'avais appelé,
et tu as persisté à les bénir par trois fois !" (zé
chaloch péamim),
le mot régalim est utilisé seulement quatre
fois dans toute la Thora :
Trois fois dans la paracha Balaq :
-
22:28 : "que t'ai-je fait pour que tu m'aies frappée ainsi à
trois reprises" (chaloch régalim),
-
22:32 : "...pourquoi as tu frappé ton ânesse déjà
par trois fois "(chaloch régalim),
-
22:33 : "Cette ânesse m'a vu, et elle s'est écartée
de devant moi déjà trois fois" (chaloch régalim),
une fois dans la paracha Michpatim :
-
23:14 : "Trois fois tu me feras fête dans l'année" (chaloch
régalim).
Rachi sur le premierchaloch régalim de la paracha nous
dit : "il lui fit l'allusion suivante : tu veux anéantir une nation
qui célèbre annuellement les trois fêtes de Pèlerinage."
L'ânesse semble donc mettre en garde Bilam, en lui disant qu'il ne
peut maudire le peuple Juif qui fête Pessah, Chavouot et Souccoth.
Et si il n'y en avait seulement deux, la malédiction aurait elle
pu avoir lieu ?
Pour cela revoyons la signification des trois fêtes de pèlerinage
:
1. Pessah :
Le peuple juif sort d'Egypte, sort de l'esclavage. Il s'agit d'une libération
physique, c'est la libération du corps. Maudire un peuple qui n'aurait
que la liberté corporelle ou matérielle est aisé.
On le verra dans le futur à travers Haman qui fut un des premiers
à vouloir exterminer physiquement le peuple juif. Il ne fut pas
malheureusement pas le seul.
2. Chavouot :
A peine libéré d'Egypte, le peuple juif a rendez-vous au
Mont Sinaï. Il va obtenir sa libération spirituelle. Le don
de la Thora donne aux bné Israèl la force de l'esprit, de
la réflexion. Briser la liberté de l'esprit a été
également le désir de nombreux ennemis d'Israèl. Le
but des Grecs n'était pas la seule domination physique mais la domination
de l'esprit.
C 'est cette opposition symbolisée par les fêtes de Pessah
- Pourim, et Chavouot - Hanoucah qui a du motiver Bilam, mais l'ânesse
le met en garde. L'utilisation du terme chaloch régalim
est là pour nous signifier l'importance de la fête de Souccoth.
Sans cette troisième fête de pèlerinage les bné
Israèl auraient été une proie pour Bilam. Qu'elle
est donc la spécificité de cette fête ?
3. Souccoth :
Un sujet du roi était perdu dans une forêt un jour de grand
froid. Il errait dans la neige ne retrouvant plus son chemin. Tout à
coup il entend du bruit puis voit des chevaux. C'est la garde devançant
le carrosse du roi. Il reste là devant la route regardant défiler
tout le cortège du roi. Puis, vint le carrosse. A sa plus grande
surprise le carrosse le dépassa puis ralentit_ et s'arrêta.
La porte du carrosse s'ouvrit et un garde vint le chercher pour le faire
entrer. Là bien au chaud on lui donna des linges royaux pour qu'il
s'essuie et se réchauffe. Il séjourna trois jours dans le
palais du roi, et quand il eu repris ces forces, il remercia le roi et
partit. Avant de partir il demanda au roi une faveur; celle de conserver
un de ces linges royaux qu'on lui avait donné dans le carrosse.
Depuis, tous les ans, il sort ce bout de tissu brodé, l'embrasse,
le respire et il se souvient de ce moment incroyable quand il était
chez son maître. Ce machal (parabole) illustre ce qu'est la
fête de Souccoth. Tous les ans nous vivons dans les cabanes et nous
nous rappelons le moment d'intimité que nous avons eu avec D. dans
les "nuées de gloire".
Cette troisième dimension du peuple juif, l'intimité avec
D. nous est spécifique. Bilam ne peut maudire le peuple qui a habité
chez le Roi. Sans cette attachement entre D. et les bné Israèl,
Bilam aurait pu réussir, mais D. à travers la bouche de l'ânesse
en utilisant volontairement le mot régalim tente une
nouvelle fois de le décourager.
Puissions nous retrouver rapidement cette intimité de manière
permanente.
© Centre d'Etudes Juives Ohel Torah
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