PARCHAT BEHAR-BEHOUKOTAI

L'ANNEE DE LA CHEMITA

M. Carmi Teboul
Coordinateur Lev Le'ahim , Ranana
Collel Amala chel Torah, Bné Barak
 

Dans la paracha, (section) de Behar, la Torah présente une des idées essentielles de la Torah, à savoir le principe de la chemita, l'année sabbatique.

Il est écrit dans le Lévitique (25/3) : "Six semaines tu ensemenceras ton champ, six années tu travailleras la vigne et tu récolteras le produit mais la septième année tu accorderas une année de chômage absolu à la terre, un Chabbat pour l'Eternel."

Pendant cette septième année la Torah nous interdit donc tout travail agricole.
Quelle peut-être notre appréciation rationnelle de ce commandement ?

Certains ont voulu se contenter de voir ici une loi d'intérêt agricole, afin de laisser la terre se reposer et se régénérer. S'il en était ainsi, pourquoi la Torah aurait imposé à tous les agriculteurs de laisser leur champs en friche exactement en même temps ce qui fera certainement perdre à l'économie plus de ce que la terre gagne en repos...

Une idée maîtresse qu'on trouve chez beaucoup de commentaires est le fait que la Torah interdit au propriétaire du champ de labourer son propre terrain pendant toute une année, lui rappelant ainsi qu'il n'est pas vraiment le patron absolu mais qu'il y a une puissance suprême à laquelle il est, lui même, soumis.

Ainsi, de la même façon que celui qui observe le Chabbat proclame sa foi en D. qui a créé le ciel et la terre en six jours et S'est "reposé" le septième jour ; de même, celui qui s'abstient de travailler son champ la septième année proclame par ce repos que la terre appartient à D.

Cependant, on entend souvent des gens poser la question : "Pourquoi doit on faire les mitsvoth ? Est-ce que, vraiment, celui qui va laisser son champ en friche pendant un an croira plus en D; que celui qui l'aura travaillé ?"

C'est que l'homme doit aspirer à sentir la présence divine en permanence et surtout concrètement. Et un des aspects des mitsvoth est justement à permettre de l'individu de rendre possible la perception la proximité de D.

La Michna nous enseigne dans les Maximes des Pères (2/1) "Regarde trois choses et tu ne tomberas pas dans le péché : sache qu'il y a au dessus de toi un oeil qui voit tout, une oreille qui entend tout et n'oublie pas que toutes tes actions sont inscrites dans le livre."

L'homme qui vit avec cette conscience ne fautera point. Celui qui accomplit les mitsvoth d'une façon suivie, sachant qu'il les fait pour D. se trouvera dans une relation permanente avec Lui.
Rav Moché Isserlis, dit le "Rema", coauteur du Choul'han Arouh, relève au début de cette oeuvre le fait que l'homme ne se comporte pas de la même façon s'il est tout seul et lorsqu'il est en présence de quelqu'un d'autre. Et plus cette autre personne sera importante, plus il fera attention à son comportement. - A plus forte raison si l'homme se sait en présence de son Créateur !

Cela nous renvoie à la fameuse question du racha, l'enfant 'impie', lorsque, le soir de la haggada de Pessah, il demande tout simplement : "Que représente cette peine pour vous." En d'autres termes, toutes ces mitsvoth, sont-elles vraiment nécessaires? Ne suffiit-il pas amplement de se déclarer croyant en D. L'investissement dans les mitsvoth lui parait excessif et superflu.
Et la réponse que nous lui donnons est que, justement, D. n'est pas uniquement une affaire du coeur et nous ne pouvons pas nous contenter de penser à Lui. Le rapport réel avec D. n'est possible qu'à travers l'acte. Et, nous lui disons encore, si lui s'était trouvé en Egypte, D. ne l'aurait pas fait sortir. Puisque la condition de la sortie du pays d'Egypte était avant tout l'accomplissement impératif d'un acte ; celui du sacrifice pascal. Sa "croyance" seule ne l'aurait point sauvé.

Nous revenons ici donc à notre point de départ, à notre question initiale : pourquoi donc les mitsvoth ? C'est que l'homme est fait de deux composants différents : l'intellect et le sentiment. Le premier réfléchit et le deuxième ressent. L'observation simple de l'harmonie qui règne dans l'univers suffit en principe pour nous conduire à la conclusion de la présence divine, tel que Rabbi Akiva répondait jadis à un païen : "Le monde même est la preuve qu'il y a un Créateur, de même que le vêtement témoigne sur le tailleur !

Toutefois ce savoir ne suffit pas. On peut parfaitement bien croire en D., admettre Son existence sans pour autant ressentir et vivre Sa présence réelle dans le monde. Le fait même que tant de gens "croient" et si peu "pratiquent" révèle le fossé qui existe entre la tête et le coeur, entre l'intellect et les sentiments. Et cet écart est propre à la nature humaine. Prenons l'exemple de celui qui fume. Il fait cela en parfaite connaissance que ceci est nocif pour sa santé et pourtant.... changer ses habitudes relève presque du miracle !

Il en est de même au niveau spirituel. On sait que D; est là mais de L'intégrer dans notre comportement nécessite plus que ce savoir, cela demande la disposition de nos sentiments.
Lorsque les gens disent : "J'ai D. dans mon coeur", ils ne sont pas conscients qu'en vérité cela signifie seulement qu'ils ont D. dans leur tête, et là uniquement...

Le Talmud raconte l'anecdote que lorsque Rabbi Yohanan ben Zakai était mourant, les élèves se sont présentés à son chevet pour recevoir une dernière beraha, une dernière bénédiction du grand maître. Il leur dit simplement : "Que vous aillez la crainte du Ciel comme celle des hommes." Interpellés par cette réponse les élèves lui demandèrent :"Pas plus ?, C'est cela toute la bénédiction ?" Et au maître de répondre : "Si seulement vous parveniez à ce niveau ! Car, un homme qui s'apprête à fauter regarde bien à droit et à gauche pour s'assurer que personne ne le voit, mais il oublie de regarder vers le haut !"

On constate ici que même les élèves honorables du grand rabbi Yohanan ben Zakai devaient reconnaître la réalité et la force de ce problème dans la vie de tous les jours. Et encore du Talmud l'histoire d'une mère qui vint, désespérée, se plaindre devant un Rav, que son fils volait. Le maître lui conseilla de lui faire couvrir la tête en permanence par une coiffe, de sorte que l'enfant s'acquièrt la conscience de la présence de D. - Ce sont toujours les "petits" actes qui nous rappellent les "grandes" idées! C'est uniquement par les multiples mitsvoth, petits actes et gestes quotidiens que l'homme arrive à s'harmoniser avec ses propres idées.

Rien ne rend l'homme aussi profondément et aussi réellement conscient de la présence de D. que cette année de chômage de la terre. C'est par cet arrêt que la théorie devient pratique, que le savoir de l'intellect se transforme en affection pour D.

Cela rend l'homme véritablement grand et ainsi le midrach qualifie ceux qui respectent cette mitsvah et qui ont le courage de voir leur champ et leur capital 'abandonnés' de véritables "héros".


© Centre d'Etudes Juives Ohel Torah

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