PARACHAT CHELAH LEHA

 LE CHOIX DU COUPEUR DE BOIS

Patrick Rouimi
Drocteur ès Sciences
Chercheur en biologie moleculaire/toxicologie,  INRA,Toulouse

La paracha de Chelah Leha nous renseigne d'une façon particulièrement claire sur la dualité qui est le fondement de notre être aussi bien sur le plan physique que psychologique.

Voici que les Bné-Israël parviennent enfin à ce qui semble être le but ultime de la sortie d'Egypte: recevoir l'héritage d'Abraham Avinou, la terre de Canaan. Voici une terre promise et acquise par un acte d'alliance en bonne et due forme (la brit ben habtarim) et dont les Bné-Israël sont dépositaires. Mais, à nouveau, aucun témoignage, aucun souvenir du passé ne semble pouvoir empêcher le doute de s'insinuer en eux. Et ils veulent que des explorateurs aillent visiter ce pays pour confirmer que cette terre est bien celle qu'Hachem leur a promise, riche, facile à conquérir. Ils ne se sentent pas "naturellement" chez eux! Et les explorateurs impressionnés par ce qu'ils ont vu, vont calomnier cette Terre d'Israël. Ceci constitue pour Hachem une faute grandissime. En effet, alors que la faute du veau d'or fut pardonnée, celle des explorateurs ne le fut pas et la génération fut condamnée à mourir dans le désert (commentaire de R. Meir Simha de Dunabourg).

Qu'est-ce qui a pu motiver le peuple et comment ceci a entraîné une telle faute de 1a part des explorateurs?

A la base de cet évènement comme de tout acte humain se trouve une balance entre "l'esprit de décision" (notre degré d'investissement) et "l'esprit de la décision" (la part de foi pure que nous attribuons à l'acte: bitakhon), comme l'explique Rav Dessler dans Mikhtav mé-Eliahou.

Nous comprenons bien nos désirs mais l'entretien de notre foi (émouna) est une toute autre affaire. Lorsque nous sommes confrontés à la recherche de la émouna, nous tentons de nous faire une idée d'Hachem et d'essayer de saisir -même dans le sens propre du terme, si cela était possible- Son omniprésence. Rambam explique comment cette démarche est à la foi indispensable et vaine. Indispensable, en effet, car nous fonctionnons avec un corps qui ne comprend que des langages matrialisés. Vaine car la matière qui nous constitue est une restriction de l'Essence Suprême qui a préexistée à sa création. Mikhtav mé-Eliahou au nom de R Chnior Zalman de Liady) Bien que notre essence, la Néchama, soit Vérité (Emeth) à l'état pur cette vérité est inaccessible de notre vivant à cause de notre corps qui agit comme un "filtre". Cependant, l'effort fourni rapproche de notre Créateur, dans la mesure où il s'appuie sur le bon "mode d'emploi" qui est la Thora.

L'épisode du "coupeur de bois" qui se produisit selon Rachi au deuxième Chabbat après la faute des explorateurs et la condamnation de la génération par Hachem, il est écrit :

"Pendant leur séjour au désert, les Bné Israël trouvèrent un homme ramassant du bois le jour de Chabbat". Ceux qui l'avaient trouvé ramassant du bois le conduisirent devant Moché et Aaron et devant toute la communauté. On le mit en lieu sûr, parce qu'il n'avait pas expliqué comment il fallait agir à son égard. L'Eternel dit à Moché : "Cet homme doit être mis à mort, que toute la communauté le lapide hors du camp." Et toute la communauté l'amena hors du camp, et on le lapida, et il mourut, comme l'Eternel l'avait ordonné à Moché.

La Thora n'a pas cité nommément cet homme par égard pour lui. Mais la plupart des commentaires s'accordent à identifier le "coupeur de bois" comme étant Tslofhad. Celui-ci faisait partie de ceux qui, n'ayant pas participé  à  la faute des explorateurs, avaient tenté de conquérir le pays de Canaan malgré 1a condamnation d'Hachem. De plus, le Midrach nous enseigne que les individus de cette génération, démotivés par une condamnation sans appel, eurent tendance à abandonner les mitsvoth. Au moment de son acte Tslofhad pensait qu'il servirait d'exemple pour dissuader les Bné-Israël de fauter. Tel en fut l'effet, mais sa. motivation réelle était la rébellion.

Nous voyons qu'il existe au moment où nous prenons une décision une frontière trés subtile entre celle qui sera lechem Chamaïm, et celle inspirée par le yetser hara et que ce manque de discernement peut ne pas être pardonné. Rav Dessler nous explique qu'elle est comme un front en temps de guerre où vont se confronter le vrai (d'essence divine) et le faux (d'essence terrestre). Au moment de la décision, behira, seule une parfaite préparation antérieure à la soumission à Hachem peut nous éviter l'erreur.

Qu'il en soit ainsi pour tout Israël, AMEN.


© Centre d'Etudes Juives Ohel Torah

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