PARCHAT KI TAVO

LE PEUPLE JUIF OU LE PEUPLE DU MONOTHEISME PAR EXCELLENCE

Michael Darmon
Yeshivat Merkaz Harav
Jérusalem

Dans cette paracha, Ki Tavo, les Bné Israel s'apprêtent à rentrer en Erets Israel. A cet effet, D.,
par l'intermédiaire de Moche Rabénou, leur dicte toute une série de Mitsvoth que les Bné Israel
se devront d'accomplir à leur arrivée en Terre Sainte.
Avant toutes choses, il semble impératif de souligner que cette paracha Ki Tavo représente en
quelque sorte l'aboutissement de tout un "programme pédagogique".
Ainsi, fort est de constater que les trois premières parachiot du livre de Devarim s'occupent de
ce que l'on pourrait désigner les fondements de la foi juive : la paracha deDevarim- ayant pour
thème 'Le peuple juif', celle deVa'ethanane - 'qu'est-ce que la Emouna, la foi, d'Israèl' et Ekev -
'nos rapports avec les mitsvoth'. Les parachiot qui s'ensuivent quant à elles, concernent les
mitsvoth dans leurs moindres détails : Re'eh - 'des lois dans différents domaines' (sociales,
nationales etc...), ensuiteChoftim - 'les lois régissant la justice dans le peuple' et Ki Tetsé - 'les
lois de la guerre'.
Enfin, nous arrivons à la Paracha Ki Tavo qui représente si l'on peut dire la conclusion de cette
préparation spirituelle nécessaire pour pouvoir rentrer en Erets Israel : "Quand tu seras arrivé dans
le pays..." (XXVI, 1).
Notre paracha commence par la prescription de la Mitsvah des prémices (Bikourim) qui
s'enchaîne sans interruption avec celle de la dîme (Ma'asser). Puis, soudainement, arrivent
quelques versets dont nous ne voyons pas vraiment le rapport direct avec ce qui précède. Ainsi il
est écrit: "Tu as glorifié aujourd'hui l'Eternel [...] et l'Eternel t'a glorifié à Son tour en te conviant à
être Son peuple privilégié..." (XXVI, 17 et 18).
Sur ces mêmes versets, le traité de Berahot du Talmud de Babylone dit la chose suivante : "Vous
m'avez proclamé d'une seule 'pièce' dans le monde ainsi Je ferai de vous aussi une seule 'pièce'
dans le monde"(Berahot 6.).
Ainsi, ces Psoukim (versets) désigneraient le peuple d'Israel comme porteur d'un message
d'unicité. Comme il est de plus écrit dans les Psaumes: "Car le Seigneur a fait choix de Jacob ;
d'Israel Il a fait Son élection " (CXXXV, 5). Cela signifie qu'Hachem a cherché dans toute
l'humanité un peuple particulier et qu'Il l'a doté de caractéristiques spécifiques qui l'a rendu unique.
Mais, une question se pose: en quoi ce message d'unicité a-t-il un rapport avec la mitsvah des
prémices qui précède, ou bien de façon plus générale avec la mitsvah des sacrifices ?
Le Maharal de Prague, célèbre commentateur du XVIII ème siècle, explique dans son fameux
livre le Netivot Olam (Netiv Avoda I) que le sacrifice est en réalité l'expression par excellence
de l'unicité.
Comprenons que lorsque D. nous demande d'accomplir les mitsvoth, cela ne signifie en aucun cas
que D."éprouve le besoin" qu'on accomplisse les mitsvoth. Si tel était le cas, le besoin impliquerait
un manque et n'oublions pas que D. est la perfection même ! De plus, il est écrit dans les
Proverbes : "Le sacrifice des impies est en horreur à l'Eternel; mais Il prend plaisir à la prière des
gens de bien" (Michlé XV, 7). Si D. "avait vraiment besoin de nos mitsvoth" en quoi importerait la
personne qui les accomplit ? Donc, l'intérêt de l'accomplissent des mitsvoth n'est en fait pas pour
D. mais pour l'homme lui-même. Mais dans ce cas là, pourquoi utilise-t-on le terme dans la Torah
"faire un sacrifice pour D." si ce n'est pas vraiment pour Lui ?
Le sacrifice (Korban), explique le Maharal, est un des plus haut degrés d'abnégation possible.
Lorsque les Bné Israel apportaient un sacrifice à D. à l'époque du Temple, ils exprimaient ainsi
leur totale soumission à D.
Le Korban démontre que tout appartient à Hachem et qu'Il est le seul Maître du monde (Ribono
Chel Olam). En proclamant qu'Hachem est le Maître du monde, nous démontrons par cela qu'Il
est unique et parfait.
C'est précisément ce que nous faisons aussi à travers le Shema Israel : - "Ecoute Israel, Hachem
est notre D., Hachem est Un".
Et quel est le peuple que D. a choisi par excellence pour Lui apporter des Korbanot ? Ne
serait-ce pas par hasard le même peuple qui est porteur de Sa Spécificité ?
Nous comprenons donc mieux à présent la relation dans la Paracha qu'il existe entre la mitsvah
des Bikourim et ces versets un plus loin qui désignent le Am Israel comme un peuple aux
spécifiantes uniques.
  


© Centre d'Etudes Juives Ohel Torah

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