Un des sujets de notre section est la vengeance d'Israèl contre le peuple de Midian. Rappelons les faits : Balak, roi de Moav, voyant le peuple d'Israèl s'avancer vers lui, tente à le maudire en bonne et due forme par l'intermédiaire du prophète non-Juif Bil'am. - La tentative échoue, mais Bil'am conseille Balak de prostituer les filles de Midian au sein du peuple juif. Il sait que tant que celui-ci sera intègre et attaché à D., aucune attaque physique ou métaphysique, ne prendra sur lui. Le plan aboutit. La tribu de Chim'on est spécialement touchée et vingt-quatre milles hommes trouvent la mort dans une épidémie après que de nombreux fils d'Israèl eurent contact avec les filles de Midian. Dans notre paracha D. ordonne à Moché d'attaquer Midian pour venger les Enfants d'Israèl. C'est là que Bil'am sera tué.
La réponse à cette interrogation se trouve dans les paroles de nos Maîtres : "abîmer la spiritualité d'un homme est plus grave que de lui ôter la vie".
En effet, la vie réelle d'une personne est la vie de son âme, la nechama. Celle-ci étant une parcelle divine, dépasse les limites du temps. Elle précède la naissance du corps et succède à sa mort. Son bref passage sur terre a comme but de la construire, mais si un homme opère certaines fausses manoeuvre, il peut gravement endommager sa spiritualité, voir la détruire et rester en fait vide de sens. Ainsi nous comprenons que l'atteinte portée par Midian était bien plus importante qu'une guerre. En détruisant les valeurs spirituelles de l'homme, il perd son âme et son éternité, son lien avec le Créateur. L'instigateur de cette idée était prophète et connaissait donc ce secret. La réaction que nous devons adopter lorsque notre vie spirituelle est menacée doit donc être bien plus vive que si la menace ne pèse que sur notre existence physique.
Cette idée se retrouve exprimée clairement dans le Talmud (Berahot 61b) : alors qu'un décret romain interdit l'étude et l'enseignement de la Torah sous peine de mort, rabbi Akiva ne se gêne pas de rassembler des foules et d'enseigner publiquement. Un personnage, nommé Papous ben Yehouda, lui rappelle qu'il risque sa vie. Rabbi Akiva lui fait alors comprendre à travers une image que sans Torah la mort est certaine, car elle l'oxygène de l'âme, au même titre qu'un poisson hors de l'eau est voué à la mort. Là encore nous pouvons distinguer entre une vie uniquement physiologique et une vie pleine et authentique. Il s'agit de vivre et non de vivoter... Par inversement de l'idée de départ nous comprenons maintenant que "celui qui construit et développe la spiritualité d'autrui est plus grand que s'il le secourt physiquement.
L'Arche Sainte (Aron) et les précieux vêtements du Cohen Gadol, du Grand Prêtre, devaient les accompagner. Pendant qu'un tiers de cette armée se battait sur le front, douze autres mille hommes étaient préposés sur l'approvisionnement et, enfin, un troisième tiers était chargé de prier à proximité du front.
Cependant, à la lecture de ces données une question se pose : pourquoi avait-on besoin que douze mille soldats partent prier avec eux ? Ou bien qu'ils restent au camp avec tout le peuple et Moché Rabénou, qui priaient pour la réussite de l'opération ainsi que la protection des soldats.
C'est que l'homme a naturellement une forte tendance à attribuer la réussite de ses actes à sa puissance physique ou intellectuelle et non à la bienveillance du Créateur de son être.(en d'autres mots, quand tout va bien c'est grâce à moi, quand tout va mal c'est à cause des autres) Cette vision erronée est tellement enracinée en l'homme qu'il lui faut un grand travail mental pour s'en défaire. Même les Tsadikim, les hommes justes, doivent investir une grande énergie pour réajuster leur perception, et cela durant toute leur vie. Par conséquent, même dans cette guerre, le risque à croire que c'est grâce à leurs armes ou à leur stratégie qu'ils sortirent vainqueurs, était présent. Il fallait donc douze milles hommes en prière à coté d'eux pour les protéger de ce piège. La chose s'explique par le fait que l'homme se fie à ce qu'il voit et oublie que la réalité physique n'est que partielle. Il a donc besoin de voir la tefila, la prière, pour ne pas céder à cette pression psychologique et lui rappeler qu'il y a quelqu'Un en haut qui manipule et tire les ficelles. Voilà la raison pour laquelle Moché, notre maître, levait les mains vers le ciel lors de la guerre contre Amalelek : si les hommes savent que tout événement et tout phénomène physique prennent leur source au dessus de la matière, alors cette source leur fournira des forces au dessus de ce qu'ils soupçonnent. (D'après Rav Y. Léwinstein dans Lekah Tov) Notons, qu'au retour de l'opération pas un soldat ne manquait à l'appel.
Dans nombre d'autres épisodes de l'histoire biblique ce principe se dégage de façon explicite. Dans le livre Samuel (1/30) le roi David revient du champs de bataille et certains soldats refusent de partager le butin avec ceux qui n'étaient pas au combat. David leur explique alors que leur vision ne correspond pas à la vérité : si les guerres d'Israèl suivaient la logique d'autres nations, il serait juste, en effet, que la victoire revienne à ceux qui ont mis leur vie en danger. Mais ce n'est pas le cas car ce n'est pas par la force que domine Israèl mais seulement par le mérite du secours de Hachem (D.) et ce mérite ne revient pas plus à ceux qui se sont battus qu'à ceux qui imploraient la grâce divine.
David va même plus loin dans son raisonnement : c'est à ces hommes, qui ont su placer une confiance pleine en D., ne déployant aucun investissement physique, que serait due toute la réussite. Vue sous cet angle, la situation s'inverse car c'est à eux que reviendrait toute la prise. Sur cela David demanda à ceux-là de partager également avec ceux qui, ayant eu moins de confiance en Hachem, partirent au front. (adapté du Malbim)
Plus tard, lorsque David ne partait plus en guerre, son général d'armée Yoav, n'aurait jamais entamé une quelconque opération sans les prières de David à l'arrière. "Ce n'est pas par la puissance ni par la force, mais seulement par mon esprit", dit Hachem.
Elicha prophète et disciple d'Eliahou, démontra clairement cet axiome, en se débarrassant de l'ennemi Aram, non pas par une guerre mais en posant la puissance de la spiritualité, les frappant temporairement de cécité. Résultat : ce pays n'attaquera plus Israèl de son vivant, tellement ses dirigeants furent impressionnés (chapitre 6 des Rois 2).
L'expérience du roi Hizkia, lors du siège de Jérusalem par l'armée du roi Sanhérive où tout semblait perdu, nous a encore rappelé que sans aucune opération militaire il est possible de se défaire de 185000 soldats : ils ne se réveillèrent pas au matin, suite aux prières de Hizkia. Mais il est certain que ce type d'événement dépend du niveau d'attachement d'Israèl à D. Ainsi s'exprime le midrach : "Tant qu'Israèl obéit à la volonté du Créateur, Il combat pour eux."
Malgré tout, à notre époque aussi, il est possible de discerner cette providence. A titre d'exemple, rappelons nous les paroles d'un Moché Dayan, ex-général de l'état israélien moderne, à l'issue de la guerre de 67 qui fut aussi surprenante pour les vainqueurs que pour les vaincus. :"Je ne sais pas si c'est grâce à nos tanks ou grâce à nos religieux qu'on a gagné la guerre." Il faut dire qu'à l'époque l'éveil et le rapprochement à D. étaient tels qu'aucune paire de tefiline n'était disponible ! Citons encore Ariel Sharon, ministre de la défense et général lui aussi en son temps : "Ce qui m'a donné le courage et la force de me battre pour Israèl, c'est l'image que j'ai depuis mon enfance de mon grand-père en train d'étudier la Torah" !
C'est lorsqu'on aura appris à observer notre réalité
comme étant l'aboutissement d'une volonté supérieure,
qu'alors l'humanité comprendra que "le rédacteur" de cette
réalité n'est là que pour l'aider. Il a édité
Sa Torah à cet effet. Viendront alors les temps où le loup
et la brebis s'abreuveront ensemble du même lac : la même source
de spiritualité servira à tous et les armes se transformeront
en instruments de musique pour louer le Créateur, selon la prophétie
de Isaïe.