PARCHAT TEROUMA

LA GENEROSITE DU COEUR

Dr Jacques Amoyal
Médecin généraliste et Mohel à Marseille
 
"Vaydaber Hachem el Mosché Lémor : Daber el Bné Israèl veyikhou li Terouma me'éte kol ich acher yidevenou libo ".[Chemot/l'Exode 25:1]"
"L'Eternel a parlé à Moché en disant : Parle aux enfants d'Israèl et qu'ils prennent pour moi un prélèvement de tout homme que son coeur le portera à donner ".
Après le long exil des Bné Israèl en Egypte, après le déploiement de tant de miracles par Hakadoch barouh Hou (D.) pour les faire sortir de cet esclavage physique et moral, puis le don de la Thora, but ultime de cette libération, Hachem demande à son peuple par l'intermédiaire de Moché Rabénou d'apporter sa contribution pour l'édification du tabernacle, temple portatif du désert, lieu de résidence de la Chehina, de la présence divine.
Mais tout dans ce monde ne Lui appartient-il pas ? Ainsi que le proclame David Hameleh, le roi David, dans les psaumes -la-Hachem ha'aretz oumlo'a (A l'Eternel est la terre et tout ce qu'elle renferme) - l'or, l'argent, le bois précieux etc...

Hachem dans sa grande bonté a voulu nous instruire sur la valeur fondamentale de la gratitude et du Don qui en découle.

Ici, dans le cadre du prélèvement pour le Michkan, le tabernacle, ce don en matériaux de toutes sortes, a valeur pédagogique de la part d'Hachem pour pouvoir lui exprimer la reconnaissance pour tous les bienfaits dont ont bénéficié les Bné Israèl lors de leur libération d'Egypte, créant ce faisant un "receveur" (Hachem) et permettant la relation qui engendre l'Amour : Israèl a donné, Hachem a reçu, la relation d'amour est créée entre un peuple et son D....

Aujourd'hui, ce n'est pas de l'or, mais une prière sincère et un attachement profond aux mitsvot que nous donnons à Hachem, ou de la générosité et de la bonté envers nos frères, mais le principe reste le même.

Notons que cette idée se retrouve dans les mots du premier verset qui utilise l'expression Terouma (prélèvement à Mon intention dit Hachem) et non simplement : nedava (don volontaire) comme pour dire que le Don, l'homme s'élèvera (Terouma vient de ram qui veut dire s'élever) et atteindra l'Amour divin, exprimé par le Chema Israèl : Tu aimeras Hachem ton D... de tout ton coeur, de toute ton âme et de tous tes moyens.

Mais ce qui retient mon attention par dessus tout, c'est la mention du coeur dans le premier verset de Terouma : " acher yidevenou libo " : Donner, porté par son coeur.

Le coeur serait-il donc le moteur de nos actions les plus nobles ?

Quelques références sont nécessaires pour étayer cette réflexion.

Le Chla Hakadoch explique que le coeur situé au centre du corps humain irriguant et vivifiant tous les autres organes, correspond au kodech hakodachim du Temple, point central du Monde où réside la chehina, la présence divine qui maintient en vie tous les êtres vivants.

Le coeur est la source de toutes les midot (qualités) bonnes ou mauvaises, et doit toujours rester pur d'où le verset : " lo tatourou a'harei levavehem vé'a'haré 'énéhem " qui prescrit à l'homme de ne pas être entraîné par les égarements de son coeur et de ses yeux. Le coeur dans ce verset devançant les yeux, commande en quelque sorte aux yeux de regarder (ou non) et de convoiter et désirer comme le dit le midrash : "haréchaïm birchout libam aval hatsadikim libam birchoutam " - les impies sont sous l'emprise de leur coeur alors que les tsadikim, les justes, dominent leur coeur.

Le Maharal de Prague commentant les Pirkei Avot, les Maximes de nos Pères, qui situent le Lev Tov, le coeur noble, comme la plus importante des qualités, invite l'Homme à être un 'Baal Lev tov', un être au coeur généreux, car c'est là la racine d'où proviennent les forces de l'âme et du corps. Quand le coeur dicte le bien, les actes suivent, comme nous le démontre le néfech Hahayim. :

Il existe trois dimensions essentielles dans l'Homme :

L'homme est Melech, roi, (on retrouve les initiales de moah lev kaved), roi sur lui-même, lorsque ses actions sont dictées par le coeur en relation directe avec le cerveau.

En revanche, si l'Homme est soumis à ses pulsions, à ses instincts, si son côté animal domine, alors il en devient méprisable (klam) - kaved lev moah.

Hachem fait appel à notre coeur dans la paracha Térouma, afin de nous laisser exprimer ce qui devrait être une constante chez l'Humain : comprendre et agir. Comprendre les événements qui se déroulent devant nos yeux et les nécessités du moment avec une grande lucidité, et agir en tant qu'êtres responsables, conscients de notre devoir.

C'est l'enjeu du Peuple Juif.


© Centre d'Etudes Juives Ohel Torah

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