PARCHAT VA'ET'HANAN
LA PRIERE DE MOCHE
J'ai demandé à Hachem (D.) une grâce
en ce temps là, disant: "Hachem, Eternel, Tu as commencé
à montrer à Ton serviteur Ta grandeur, Ta main forte ; quelle
divinité au ciel ou sur la terre pourrait égaler Tes oeuvres
et Ta puissance ! Laisse-moi passer, je T'en prie, je voudrais voir ce
bon pays qui est au delà du Jourdain, cette belle montagne et le
Liban.
[Devarim/leDeutéronome 3/23-25]
Moché -Moïse- se trouve à la fin de sa vie ; "en ce
temps là", c'est à dire après la guerre contre
Midian, qui constituait sa mission finale. Moché était
conscient que sa toute dernière tâche était
maintenant accomplie et, avec ça, aussi bien son rôle
auprès des Bné Israèl que l'essence même
de sa raison d'être.
Pourtant !
Pourtant, il y avait là ce désir irrésistible
d'accompagner encore les Bné Israèl pour contempler et
se réjouir de la terre d'Israèl... Ce désir ardent
d'arriver lui aussi en cette terre promise qui
couronnait la sortie d'Egypte. Ce désir légitime de se
trouver dans "la terre des mitsvoth" où la
présence divine accrue et constante s'exprime par la multitude
de mitsvoth liées intrinsèquement à
cette terre.
Alors, "en ce temps", Moché prie, supplie et implore l'Eternel
de lui accorder cette unique faveur
dans sa vie.
Va'et'hanan' , et j'ai supplié, ce terme tout à fait
exceptionnel dans la Torah indique la prière sous
toutes ses formes : supplier, demander la grâce, implorer, solliciter...
Aussi, ce terme exprime la
persistance et l'acharnement ; Moche ne s'est pas limité à
une simple prière "par acquit de
conscience", il a répété et répété
ses prières sans cesse...
Va'et'hanan, ce terme nous enseigne que Moché a formulé
515 différentes prières (valeur
numérique de ce mot va'et'hanan) !
Et, finalement, à D. de lui répondre : rav lah, al tossef
daber élai - cela suffit, ne continue plus à
me parler ! [verset 26]
Et, selon le commentaire de Rachi au nom du midrach : "chelo yomerou,
qu'on ne dise pas
combien le maître est dur et combien l'élève s'obstine."
Hachem, à son tour, supplie Moché de cesser ces prières.
Pourquoi ? Chelo yomerou, - pour
qu' "on" ne dise pas... Qu' "on" ne dise pas que le maître qui
ne cède pas après 515 prières est
trop dur et intransigeant ! Et pour qu' "on" ne dise pas que l'élève
qui continue à prier au delà est
donc prêt à forcer la porte à tout prix.
Pour qu' "on" ne dise point! Pour ne pas laisser les gens parler. Pour
éviter les bavardages,
babillages et papotages.
Mais qu'en est-il avec les faits mêmes? Ce maître, Hachem,
n'est-Il donc pas, en effet, beaucoup
trop dur, trop rigoureux, trop ferme et trop sévère?
Et cet élève, n'est il pas, effectivement, audacieusement
obstiné, incontrolablement butté et entêté
devant le refus du maître?
Toutefois, selon le zohar, c'est justement cette prière, va'et'hanan,
- ou donc plus justement, ces
prières - qui est l'exemple parfait de ce que toute prière
doit être.
Nous devons cesser de comprendre la prière comme une forme de
négociation avec D. Elle n'est
pas un marché ou l'objet d'un marchandage. On ne prie pas simplement
"pour obtenir" telle ou
telle chose.
La prière est une finalité en soi. La finalité
de toute finalité, car elle est la vraie communication avec
avinou chebachamaïm, notre Père dans le Ciel. On prie et
on parle à D. pour communiquer,
pour informer D. de nos difficultés et pour Lui permettre de
partager notre souffrance. On Lui
parle, après tout, simplement pour être proche de Lui.
Hachem ne peut pas toujours accorder nos demandes. Lui seul en connaît
les raisons et Lui seul
sait pour sûr ce qui est véritablement bon pour nous et
ce qui ne l'est pas.
Mais Il souhaite et attend qu'on Lui parle, tel un père envers
ses enfants. Et Il souhaite partager
nos douleurs, car c'est à ces moments difficiles -et justement
par ces moments difficiles-, que
l'intimité réelle s'installe, se confirme et se développe.
Jamais Moché n'a connu de moments aussi intenses et extraordinaires
dans sa vie qu'alors là,
souffrant de l'immense douleur de ne pas pouvoir entrer en Terre Sainte.
Mais, paradoxalement,
jamais il n'a senti D. aussi proche de lui qu'à ces moments
insupportables. Jamais D. n'a-t-il
partagé un moment d'intimité aussi fort et émouvant
que là, quand Moché faisait succéder grâce
après supplication, imploration après prière et
encore prière après prière.
Et finalement ils ont du rompre ces moments suprêmes de proximité,
ces moments de
rapprochement d'affection ultime et d'union parfaite ; chelo yomerou,
pour qu'on ne dise pas...
Cette fin du 20ème siècle est l'époque des téléphones
sans fil, des portables des faxes et du
courrier é-mail.
Cependant, aucun de ces modes ne pourra jamais prendre la place de
la parole vraie.
L'homme a besoin d'une communication véritable, d'un parler
sincère et intime. D. crée les
occasions pour. A l'homme de les saisir. A l'homme de comprendre que
ces moments de
prière peuvent transporter son âme au plus loin et au
plus haut.
Rav YITSHAK JESSURUN
© Centre d'Etudes Juives Ohel Torah
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