PARCHAT VAYE'LEH

LA JALOUSIE DE MOCHE

M. Aryé Benzaquen
Collel, Epinay

Hachem, (D.) dit à Moshé: voici que tes jours approchent à leur fin. Appelle Yéoshoua et tenez
vous dans la tente d'assignation, le Ohel Moéd, pour que je lui donne mes ordres.
Le Yalkout Shimoni rapporte que le jour où Moshé devait mourir, Hachem s'est adressé en
particulier à Yéoshua. Moshé , alors, voulut savoir ce qu'Hachem lui avait dit. Yéoshua lui
répondit : pendant 40 ans je ne t'ai jamais posé cette question. Immédiatement Moshé déclara :
mieux vaut mourir mille fois plutôt qu'être victime d'un tel sentiment de jalousie.
Le Gaon de Vilna explique ce midrash ambigu de la façon suivante. En fait, Hachem souhaitait
que Moshé, désire, de lui même, mourir. Bien qu'il ait précédemment effectué 515 prières pour ne
pas mourir et pouvoir ainsi entrer en Erets Israel, Hachem ne voulait faire mourir Moshé contre
son gré. De plus les prières de Moshé consistaient à accepter de devenir l'élève de Yéoshua, si
cela pouvait permettre de changer la décision divine. En fait Hachem voulut faire comprendre à
Moshé qu'il lui serait difficile d'accepter une situation de disciple. Il ordonna donc à Yéoshua de
répondre de cette manière surprenante à la demande de Moshé, afin que ce dernier accepte enfin
de mourir. Car même si Moshé devait comprendre après coup que Yéoshua n'avait en fait
qu'exprimé la volonté de D, le simple fait d'avoir ressenti ce sentiment de jalousie devait le
pousser à accepter définitivement le décret divin.
Il reste toutefois à comprendre comment Moshé a-t-il pu renoncer à ce qu'il désirait tant (rentrer
en Erets Israel) pour le simple fait d'avoir éprouveé un sentiment de jalousie à propos duquel la
guémara (Baba Batra 21a) elle même dit: la jalousie que l'on ressent à l'encontre des sages,
permet d'augmenter notre sagesse ! Et si la jalousie constitue un sentiment si grave qu'il ne peut
être réparé que par la mort de Moshé, comment alors comprendre le principe énoncé par la
Guémara ?
De nombreux passages montrent que la jalousie recèle une très grave déviation de notre
comportement.
Les Pirkei Avoth (4:21) au nom de Rabbi Elazar Hakappar :"la jalousie, l'emprise des passions et
l'ambition abrègent la vie de l'homme.".
La Guémara (Chabbath 152b) qui citant les Psaumes énonce : "celui qui renferme de la jalousie
dans son coeur, ses os se putréfieront.". Et le Marcha précise que ce verset s'applique même aux
Tsaddikim.
Toujours dans la Masseheth Chabbath (139a), au nom de rabbi : par le mérite d'avoir assisté à
l'élection de son frère Moshe et de s'en être réjoui, Aharon eut le privilège de porter sur son coeur le pectoral ('Hochen Michpath). Le Maharal insiste sur le fait que Aharon n'a pas ressenti de
jalousie dans une situation où elle aurait été compréhensible, puisqu'il était l'aîné et le grand de la
génération. Aharon n'en a non seulement pas été affecté, mais s'est aussi réjoui de la position de
Moshé. La sim'ha, la joie, qu'il a manifestée prouvait que son coeur était dépourvu de défaut.
Ainsi par la pureté de son coeur (Tmimouth) il eu le mérite de porter sur son coeur, le 'Hochen
et les Ourim ve Toumim (les pierres pures et précieuses).
Par ailleurs, le Rav Dessler précise (Mikhtav me Eliyaou, T1 p 241) qu'il existe en fait deux sortes d'attitude intéressée. Il y a celle qui n'est qu'intéressée et qui le restera toujours. Et il y a celle qui,
en fait, est désintéressée mais où l'on ressent malgré nous un intérêt qui ne correspond pas à notre motivation initiale et profonde. Car pour réaliser un acte désintéressé, il peut devenir indispensable pour lutter contre notre Yetser ha R'a, notre mauvais penchant, d'utiliser des motivations qui sont
intéressées.
Il en est de même pour la jalousie. On peut simplement désirer ce que l'autre possède. Mais l'on
peut aussi vouloir utiliser l'autre comme une référence positive et ainsi se motiver à acquérir ce que l'autre a réussi à conquérir.
On peut ainsi rechercher la sagesse, tout en sachant que le moyen que l'on utilise actuellement
repose malheureusement sur un sentiment de jalousie et d'émulation.
Mais, comment comprendre alors la contradiction apparente entre notre Midrash (la mort plutôt
que la jalousie) et la Guémara : la jalousie que l'on ressent à l'encontre des sages, permet
d'augmenter notre sagesse.
Le Marcha précise que le principe de la Guémara n'a été formulé que pour les dardéquim, les
enseignants (c'est à dire ceux qui ne sont pas encore des Talmidé 'Hakhamim et qui progressent
grâce à l'émulation) mais qu'il ne s'applique pas aux Talmidé 'Hakhamim, ceux qui sont arrivés à
un certain niveau de 'Hokhma et qui n'ont plus besoin de motivations secondaires et basiques
pour progresser.
Ainsi ces 'Hakhamim ne fonctionnent plus par rapport à une référence extérieure mais par leur
propre Sim'ha (joie) qui les anime. ´Car pour écarter la jalousie, il est nécessaire d'être heureux
de sa part, Saméíah be 'helko. Un 'hakham est fondamentalement samé'ah et ne peut plus
ressentir aucune jalousie envers son prochain.
Ainsi il est possible de comprendre que Moshé, qui était le talmid 'hakham par excellence, ne
pouvait pas accepter une telle régression dans son comportement, fusse pour atteindre son
objectif sacré ultime : Entrer en Erets Israèl.

  


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