Le Sefer Vayikra (le Lévitique) appelé aussi Torat Cohanim est essentiellement basé sur les lois des sacrifices dont s'occupent les cohanim (les prêtres) dans le Beth Hamikdach (Temple de Jérusalem). Mais il va aussi nous plonger dans le monde fascinant des lois de pureté et d'impureté, ces lois étant parmi les plus complexes et les plus diversifiées ; la diversité ne constituerait pas à proprement parler une difficulté si ne se venait greffer la subtilité de certaines notions qui échappent surtout à notre entendement;
En effet, dès le premier verset du Sefer Vayikra nous voici confrontés à cette subtilit:
"D. appela (= vayikra) Moché et lui parla du Ohel Mo'ed (Tente d'assignation) en disant:"
Rachi explique que tous les ordres transmis à Moché étaient précédés d'un appel (Moché, Moché !) exprimant l'affection (hiba) de D. pour Moché. Mais aux prophètes des nations D. se révèle dans un langage fortuit (araï) et d'impureté (touma), ainsi qu'il est dit: D. se présenta fortuitement (vayikar) à Bilaam (Bamidbar 23/4).
Le Sifté Hahamim sur Rachi explique que D. parlait de façon soudaine (pitom) à Bilaam sans appel préalable, et que le terme d' "impureté" employé par Rachi est à mettre en rapport avec l'impureté de "keri", celui qui a une pollution nocturne (mikré laila).
Deux questions sautent aux yeux. En premier lieu qu'est ce que tout ce protocole de l'appel a à voir avec un état d'impureté? Combien de fois par jour s'adresse-t-on à autrui de façon directe parfois même sans dire 'bonjour' . Est-ce pour cela que nous devenons impurs, que nous devrons nous tremper dans un mikvé (source d'eau purificatrice) ou apporter un sacrifice?
De plus, quel lien établir entre le caractère de ce qui est fortuit et soudain et une pollution nocturne ?!!!
Nous trouvons déjà une telle attitude lors de la faute d'Adam : "D. appela Adam et lui dit : où es tu?" [Beréchit 3/9]
Le Traité de Dereh Eretz [perek 5] enseigne: "Un homme ne devra jamais entrer dans la maison de son prochain de façon fortuite et soudaine. - Que chacun apprenne cette leçon de savoir vivre de D. Lui même qui S'est tenu à la porte du Gan Eden (paradis) et appela Adam, ainsi qu'il est dit ;:"D. appela Adam...".
Le traité de Niddah [16b] enseigne de même : "Quatre attitudes sont haïes par D. ...celui qui rentre de façon soudaine, et cela va sans dire, chez son prochain.".
Il semble donc que la Torah rejette violemment ce qui a un caractère soudain et fortuit, à tel point qu'elle considère qu'une telle attitude traduit un état d'impureté extrêmement grave puisque "HAÏE par D.".
Parler ! Cet acte si banal peut être le véhicule de quelque chose de profondément impur. Parler à autrui, ne pas se donner la peine de créer un lien affectif (hiba) traduit le repliement sur soi, la seule ambition étant de déverser le contenu de ses paroles sans aucun intérêt pour autrui, uniquement pour obtenir ce que l'on désire le plus rapidement possible! Combien de nos relations ont ce caractère fortuit et soudain, dépourvues de cette affection qui purifie comme un véritable 'mikvé'. Nos 'hahamim, nos maîtres, n'ont-ils pas dit que faire peur à un enfant rend impure son âme? Combien de nos relations ont un caractère oppressif, violent, sans aucune affection permettant d'exprimer l'importance de celui à qui on s'adresse au-delà même du message exprimé?
Mais ne nous arrêtons pas à la parole. Cette forme subtile d'impureté va s'étendre sur toute la 'avodat Hachem, sur tout notre service de D.
Ainsi, par exemple, la Torah interdit formellement la pratique de la sorcellerie, de la divination, l'invocations des morts ou toute autre forme de pratique assimilée. Voici à nouveau l'homme en prise avec un empressement animal d'accélérer le temps, de savoir sans espérer, de faire surgir l'objet de son désir "soudainement" par quelque expression "marquée"... et la Torah voit encore en cela une grave forme d'impureté!
Nous pourrions cependant rétorquer "éne 'od melevado", aucune force n'existe en dehors de D.!, comme a répondu rabbi Hanina à cette sorcière qui a voulu lui jeter un sort, car finalement, même toutes ces forces d'impureté n'agissent que si D. l'a ainsi décidé!
Pourquoi interdire alors ?!!! C'est qu'il manque ici l'essentiel, le lien affectif avec son créateur. Bien sur, les tsadikim, les justes, font des miracles mais chez eux cela provient de l'effort constant et de la peine qu'ils se sont donnés pour tisser cette affection (hiba).
Enfin, quoi de plus soudain qu'une pollution nocturne? La pollution nocturne involontaire est un événement sur lequel on n'a aucune conscience quant à son apparition. Il est l'expression, quand il est produit par des pensées interdites, de ce qui aurait pu être un signe d'affection. La "kabbala" dit que c'est comme si on avait engendré des enfants non désirés qui viendront hanter la personne au jour de sa mort, réclamant leur du d'affection.
"Im telekhou imi keri" [Vayikra 26/21] "Si vous agissez fortuitement à mon égard" - Rachi explique que "keri" signifie occasionnellement, kemikré, soudainement, agir irrégulièrement dans les mitsvoth. Rabbi Tsadok Hacohen explique que la source de toute faute se trouve dans cette attitude.
Accomplir les mitsvoth et la Torah de façon occasionnelle et soudaine est une expression de froideur (kar) et marque la distance plus que le rapprochement.
D. ne nous demande pas des élans d'amour incontrôlés
et soudains, souvent fruits de notre imagination, mais une constance dans
la Torah et les mitsvoth, et c'est cela que nous appelons "affection"
- hiba.