PARCHAT VEZOTH HABERAHA

ET VOICI LES BENEDICTIONS...

Dr. Paul Drai, Médecin à Marseille

Et voici une Paracha très singulière, de par son titre, de par sa situation dans la Thora, de par sa
position dans le calendrier, de par son contenu.

Le titre :

ET : va établir une relation entre le passé et le présent, entre la bénédiction que donne Jacob à ses
12 fils, à la fin de Bérechit, et celle donnée par Moïse aux 12 tribus à la fin de Devarim.

VOICI : Il s'agit d'une présentation, on fait apparaître quelque chose de caché ou qui n'existait
pas, ou bien on met en évidence un élément qui n'avait pas forcément de relief.

LA: attribue à ce qui va suivre un caractère unique, universel créatif; (la lettre HE a été celle
utilisée pour la création du monde).

BENEDICTlON : l'étymologie latine ì bene-dictere î, bien dire, ne traduit pas exactement le
terme Berakha, qui voudrait plutôt signifier Bienfait, avec une insistance sur le ì bien î et sur le ì fait
î dans le sens d'une action profondément bonne.

MOISE, HOMME DE D. : la Berakha va être adressée aux Enfants d'Israël par le plus grand
chef spirituel de tous les temps.
 

La situation dans la Thora:

VEZOTH HABERAKHA se situe tout à fait à la fin des 5 livres de la Thora; elle est placée
comme une Paracha-conclusion.

Moïse va terminer son existence au sein du peuple, le périple dans le désert va s'achever, et cette
période d'errance ou de maturation va laisser place à une période concrète où les lois vont trouver
leur confrontation avec la réalité quotidienne; il résultera de cette confrontation, des
comportements, une justice, une société.

Le déroulement de la Thora nous a successivement montré les enfants de Jacob qui reçurent leur
nom en fonction de la vision du monde de leur mère au moment de leur naissance. lls ont reçu une
Berakha par leur père, puis ont fondé des familles qui sont devenues des tribus.

Celles ci sont constituées, elles ont montré leurs caractéristiques et Moïse va les bénir.

Cest un point culminant de leur histoire.

Dire que Moïse va très bientôt mourir, c'est signifier qu'un homme qui a travaillé durant toute sa
vie sur lui même, qui a gravi sans cesse des échelons se situe au summum de ses capacités.

C'est ce meilleur là qu'il va donner ou bien c'est grâce à ce meilleur là qu'il va pouvoir donner.
 

La position dans le calendrier:

Cette Paracha est lue à un moment culminant de la fête de Soucot.

Pour retracer le contexte, il s'agit du moment où le peuple a engrangé la récolte, donc le moment
de richesse maximale puisqu'à partir de cet instant jusqu'à la prochaine récolte, le stock va
diminuer.

Par ailleurs, le jour de la lecture est Chemini Hag Hatseret qui est à la fin d'une série de fêtes.
Roch llachana renvoie à Kippour comme le jugement renvoie à la prise de conscience et au
repentir; Soucot nous apporte un message de pleinitude et de liberté.

Certes, Kippour permet de réaliser un dépassement de soi par un comportement qui se détache
de la normale; le fait de ne pas prêter attention à des fonctions aussi élémentaires que le simple
fiait de se nourrir est contre-nature.

Soucot vient nous enseigner que nous ne dépendons pas complètement de nos constructions de
pierre apparemment si solides et que nous pouvons prendre une distance par rapport à nos
conditions de vie habituelles afin de réaliser que tout est relatif Cette prise de conscience apporte
une sérénité ainsi qu'une joie intense.

Chémini Hag Hatseret est le point culminant de Soucot et de l'ensemble de ces fêtes, c'est le
temps où les hommes dansent avec la loi comme pour symboliser cette volonté de fusionner avec
joie.

Ainsi nous voyons qu'à plus d'un titre, cette Paracha se situe à un point culminant de l'histoire des
Enfants d'lsraël et de nos fêtes.

Pourtant, il est important de considérer que ce point culminant est lui même situé dans une
continuité.

En effet, cette Berakha fait suite à celle de Jacob, et elle va être suivie par le Livre des Psaumes
écrit par David, les 2 étant liés par le terme ì Achré î.

Cette Paracha, en situation finale va en fait être immédiatement suivie par la première Paracha de
l'année. En définitive, cet instant est comme une pause ou un arrêt sur image dans une continuité
d'événements.
 

Le contenu:

Les 12 tribus sont citées explicitement ou implicitement, et Moïse va leur adresser cette Berakha;
celle ci va être en rapport direct avec les paroles de Jacob dites à ses fils, leur comportement, et
les besoins de chacun par la suite, dans le livre des Prophètes.

Ainsi, la Berakha va être un apport quantitatif et qualitatif. Au plan quantitatif la longévité ainsi que
les bienfaits matériels sont accrus; au plan qualitatif c'est le fonctionnement qui se passe plus
facilement: la Berakha va rendre plus simple ce qui se présentait comme étant complexe.

Sur un autre plan, il y a la perception de la réalité; la Berakha qui émane d'une personnalité
vénérable, va permettre de recevoir le quotidien dans des dispositions meilleures.

Par ailleurs, la Berakha donnée aux Enfants d'Israël est divisée selon le nombre des tribus selon la
personnalité de chacune d'entre elles.

La Berakha est spécifique et adaptée; elle canalise et oriente les pulsions de base et les
prédispositions; l'un des soucis de l'Homme est de convoiter, c'est à dire désirer ce que possède
autrui.

Cette attitude génère un sentiment de manque qui va le faire entrer dans la spirale de
l'insatisfaction: ceci est l'anti-Berakha; dans ce cas l'Homme est malheureux.

Ce sentiment de convoitise est largement exploité par la publicité qui présente un archétype du
bonheur: elle dessine un moule et suggère que toute personne qui y adhère sera heureuse.

lie processus va entraîner une inadéquation entre les envies et les besoins réels à l'origine d'une
frustration.

Il ressort de cette étude succincte, que:

   1.Celui qui dispense la Berakha doit inspirer confiance de par ses qualités morales
     reconnues.
   2.La Berakha va donner une teinture spéciale à la réalité, qui va nous permettre de la
     percevoir plus agréablement; la relation de confiance que nous avons vis à vis de celui qui
     la dispense va nous permettre une acceptation de ce que nous recevons.
   3.Elle apporte un bienfait quantitatif qualitatif spécifique et adapté.
   4.Elle n'est pas un cliché ou bien une recette type du bonheur.
   5.Élle s'inscrit dans un processus progressif sans acoup, qui dépend d'un contexte et d'une
     situation, d'efforts personnels, d'accumulation de mérites.

Souhaitons que cette Berakha nous parvienne et que pour cela, notre démarche nous y conduise.

  


© Centre d'Etudes Juives Ohel Torah

fleche hautPage principale