A'HAREI MOTH

OU LE RISQUE DE SE VOIR REJETE


Mr.Ze'ev Glass
Docteur-vétérinaire, Marseille

Cette sidra s'articule en trois parties :
 


Comme introduction au cérémonial de Yom-Kippour, le texte nous rappelle la démarche imprudente de Nadav etl'Avihou qui, dans un accès d'enthousiasme, se sont approchés de l'autel sans préparation et sans que cela leur fût ordonné. Apporter une offrande improvisée constitue une faute impardonnable pour des personnages aussi en vue que les fils d'Aaron, eux qui venaient de recevoir l'onction des mains de Moché Rabbeïnou et qui représentaient une référence morale et spirituelle au yeux des Bené-Israël.

Ce rappel est suivi d'une mise en garde à l'attention d'Aaron et de ses successeurs afin qu'ils se conforment scrupuleusement à la procédure rituelle, chaque étape, chaque geste étant chargé de signification et le tout devant être accompli selon un ordre qui n'est pas indifférent. Qui plus est, le Grand Prêtre doit se rendre apte à officier au nom des Benei-Israël par une préparation sérieuse de sept jours (Yoma, ch.I) et une purification comportant des ablutions, des sacrifices et des offrandes d'encens et à plusieurs reprises, la confession des péchés. Ni l'improvisation, ni le sentiment personnel n'ont leur place ici. Le cérémonial de Yom-Kippour n'est pas une représentation théâtrale où le rôle du Grand Prêtre consisterait à amuser la galerie. Au contraire, quelle difficile et redoutable mission que de représenter la communauté d'Israël et obtenir pour elle le pardon des fautes auprès du Roi des rois!

Celle-ci exige une abnégation et un sérieux que seule une humilité parfaite est en mesure de donner à celui qui en est chargé.

Aucune improvisation ? Le choix des deux boucs en fournit la preuve : ils sont parfaitement identiques. Pourtant, de façon paradoxale, le choix de leur destination semble livré au pur hasard ! Ne sont-ils pas tirés au sort ? Non, ce tirage au sort n'a rien à voir avec un quelconque recours au hasard. Les deux jetons sont saisis au même instant par le Grand Prêtre et c'est l'Eternel Lui-même qui décide la destination de chacun des deux boucs. Une fois sélectionnés pour leur similitude apparente, il est humainement impossible d'établir un choix quant à leur destination. Une seule possibilité s'offre alors pour ne pas choisir au hasard, c'est d'en référer à l'Omniscient, à l'aide d'un tirage au sort. En fait, dans chaque situation où l'homme se sait incapable de choisir une direction, il doit s'adresser au Maître du monde, quitte à Lui réclamer des signes tangibles. Ce furent entre autres le cas d'Eliezer à la recherche d'une épouse pour ltz'hak Avinou et celui de Gédéon avec le test de la toison. Rien de plus étranger au hasard que leur démarche inspirée par cette confiance absolue en la réalité d'une providence divine agissante, conviction associée à la plus grande humilité, celle qui consiste à se méfier de ses propres jugements.

Rien de plus étranger au hasard que ce procédé donné par la Halakha et servi par l'humilité du Grand Prêtre conjuguée à celle de la communauté d'Israël qui se manifeste par le jeûne, la prière et le repentir.

La mort prématurée pour le Grand Prêtre qui ne se serait pas rendu digne de paraître devant le Roi des rois pour plaider la cause des Benei-Israél et leur obtenir le pardon et la peine du retranchement pour les impénitents et ceux qui enfreignent en toute connaissance de cause les prescriptions relatives à ce grand jour, révèlent l'importance de la préparation et du respect que nécessite toute démarche spirituelle et d'autre part la valeur du repentir sans lequel l'appartenance au peuple d'Israël est à remettre en question.

A la lecture du cérémonial de Yom-Kippour et de la mise en garde qui le précède, on aurait pu penser que toutes les précautions préalables à la rencontre avec D. ne devaient être prises que pour le seul jour de Kippour. Il n'en est rien. La mort de Nadav et Avihou se situe le huitième jour de l'intronisation des prêtres;

C'est-à-dire le quinze Nissane selon Rachi et le Rachbam ou le premier selon rabbénou Avraham Ibn Ezra. La suite du récit nous replace donc dans le contexte quotidien des Bené-Israel une fois le sanctuaire érigé.

Ici non plus, il n'est pas question d'apporter n'importe quel sacrifice, n'importe comment et n'importe où. Tout désordre dans le rituel révèle un manque de sérieux, voire de respect, envers Celui auquel le sacrifice est destiné. La véritable avoda (service divin) exige le respect et le sérieux. Il en est d'ailleurs de même pour toute activité qui tient vraiment à coeur. Imaginons dans la vie professionnelle un homme du métier qui n'appliquerait pas les méthodes apprises lors de sa formation. La qualité de son travail s'en ressentirait et il aurait à subir les sanctions de son patron ou la désaffection de sa clientèle.

On nous rétorquera que l'avodath Hachem, le service divin, n'est pas un acte professionnel, qu'il faut laisser une large place à son affectivité et que sans l'expression de notre libre arbitre nous ressemblons plus à des super-robots qu'à des hommes. Rien n'est plus juste. Toutefois l'investissement dans l'avoda n'est pas à confondre avec l'improvisation et le désordre. Faire n'importe quoi n'est pas se comporter en homme libre, c'est au mieux prendre rang parmi les barbares et au pire agir en nihiliste.

Ainsi tout au long de l'année, bien que l'enjeu tout en étant identique ne soit pas égal en dimension et que par conséquent 1a procédure ne présente pas la même ampleur que celle de Kippour, les traits dominants de l'avodath Hachem doivent être le sérieux et le respect. Et s'il est vrai que l'investissement pour le rapprochement de l'homme en direction de son Créateur en est la finalité, la conformité au rituel voulu par la Torah est le seul moyen de sa mise en application.

Le texte précise que celui qui offrirait un sacrifice sans l'avoir amené devant la tente d'assignation, n'étant pas agréé serait à considérer comme un meurtrier et passible de la peine de retranchement. Tuer un animal sans avoir pour cela une raison valable, est assimilable à un meurtre.

Le texte poursuit par l'interdiction de consommer le sang en développant le thème du principe vital dont le sang constitue le support. Vouloir s'approprier le principe vital que le Créateur a mis dans le corps de chaque animal à sang chaud est non seulement un sacrilège mais aussi une pratique de type animiste qui s'apparente aux pratiques des idolâtres. Comme précédemment, la sanction applicable à celui qui consommerait le sang, serait la peine du retranchement.

Faisant transition avec ce qui précède et introduisant le paragraphe relatif aux unions prohibées que D. abomine autant que l'idolâtrie vient l'interdiction faite par la Torah d'imiter les pratiques des idolâtres en général et celles des Cananéens en particulier qui sacrifiaient aux démons, consommaient le sang, faisaient passer leurs enfants par le feu et se livraient à toutes les turpitudes d'ordre sexuel. Comme corollaire de cette interdiction, la Torah nous exhorte à suivre les lois édictées par D.

L'horreur que D. manifeste pour l'immoralité dans les relations sexuelles apparaît clairement dans le texte de la Torah sous la forme d'exclamations indignées parlant entre autres d'impudicité (zima), d'abomination (to'èva) et de dépravation (tévél). En effet de tous les vices de comportement, aucun n'est aussi néfaste, car les désordres sexuels sont la négation de tout respect. Les différentes formes d'inceste, de perversion et l'adultère sont la négation même du respect de soi, du respect des parents et de la famille, du respect d'autrui et enfin du respect envers le Créateur, dans la mesure où ces pratiques ont pour effet de ravaler l'homme au rang des animaux, lui qui a été créé à la ressemblance divine et de porter atteinte à la dignité des parents que l'on a le devoir de craindre et de respecter comme on doit le faire pour D.

Naturellement toutes ces pratiques immorales méritent comme châtiment la peine du retranchement. Tant il est vrai que celui qui s'y adonne a renoncé à toute forme de respect : respect de soi et respect d'autrui, respect de l'ordre naturel, respect des valeurs sociales, respect de la dimension spirituelle d'Israël dont la finalité est la réalisation d'une humanité comme la veut son Créateur.

En conclusion de cette dernière partie, le texte reprend le thème qui l'a introduite. Les idolâtres qui habitaient Canaän ont commis toutes ces horreurs et ils ont étés dépossédés de ce pays.

La Torah, une nouvelle fois exhorte les Bené Israël à se bien conduire de peur que la terre d'Israël ne les rejette comme elle l'a fait avec les Cananéens car à l'instar de D. la terre d'Israël ne supporte pas ce genre d'infamie.

Le dernier verset de la sidra en fait le résumé : " Soyez-Moi fidèles; ne vous souillez par leurs pratiques infâmes car Je suis l'Eternel votre D.". D. est celui qui pardonne à Kippour et pourtant il lui arrive de prononcer des peines terribles telles que la mort prématurée comme c'est le cas pour Nadav et Avihou ou le retranchement du peuple du peuple d'Israël comme c'est le cas entre autres pour celui qui consomme du sang ou contracte une union interdite.


© Centre d'Etudes Juives Ohel Torah

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