PARCHAT BECHALAH

LE SENS DE LA MANNE

(d'après le livre Be'er Moché de Rav M.Y.M. Epstein)

M. David Belhassein
Enseignant à Marseille
 

Nos sages nous apprennent que la Manne, en même temps qu'une nourriture matérielle, était une nourriture spirituelle destinée à alimenter l'âme et à permettre de parvenir à un haut degré de connaissance divine. Elle avait pour effet d'ouvrir l'intelligence sur une vue profonde et intérieure de la Torah. D'origine céleste, la Manne était vraiment une nourriture céleste. Elle unissait parfaitement les besoins du corps et de l'âme. Le corps est le revêtement extérieur de l'âme. La nourriture matérielle que les Israélites recueillaient journellement pour apaiser leur faim n'était que le revêtement de cet autre aliment infiniment supérieur.

"D... t'a nourri de la Manne quarante années dans le désert pour graver en toi la foi que ce n'est pas seulement de pain que vit la personne, mais de la parole de D..." (Devarim/Deut. 8/3)

Le fond de notre existence est la parole de D... C'est par son ordre que la terre donna ses fruits pour alimenter l'homme. Descendue sur terre, cette parole se matérialise sous la forme de la Manne. De même, la Thora, d'origine céleste, descendue sur terre pour être donnée aux hommes, prend un revêtement matériel sous forme de commandements concrets pour des affaires terrestres, et de récits qui apparaissent souvent simplistes. Cette matérialisation cache un caractère infiniment plus profond et plus élevé, une lumière divine qui est l'essence de la Thora.

Si nous reconnaissons que l'aspect extérieur n'est qu'une condition nécessaire, nous pouvons grâce à l'étude et dans la mesure de notre compréhension, être pénétrés d'un rayonnement de cette lumière dont toute l'intensité échappe néanmoins à notre vision limitée -" 'ayin lo ra'ata ".

Sans un effort de compréhension et sans un désir sérieux de rechercher la vérité, nous n'apprécions pas la valeur profonde de la Thora; son aspect matériel nous paraît vide de contenu.

De même ceux qui, parmi le peuple dans le désert, ne recherchaient pas l'aliment spirituel mais seulement les besoins matériels -hitavou ta'ava- (Bamidar/Nombres. 11/4) n'arrivaient pas à satisfaire leur faim avec la Manne.

" Ve'ata nafchénou yevécha éne kol bilti éle haman 'énénou "- Et maintenant notre âme est desséchée, nous n'avons nuit et jour d'autre aliment que la manne (Bamidbar 11/4).

Ils trouvaient cet aliment dur, sec et monotone, parce que c'était leur âme qui était desséchée.

Le reste du peuple cependant sortait et recueillait la manne : " Chatou ha'am velaketou", (Bamidbar 11/8), ils étaient avides de recueillir la parole d'Hachem et de parvenir chaque jour à de nouvelles acquisitions, chacun dans la mesure de sa compréhension. Ils arrivèrent ainsi à un degré extrême de connaissance qui leur valut le surnom de dor déa, la génération de la sagesse.

Nous savons que ce monde n'est que la préparation au monde futur d'une conception bien plus élevée ; un monde qui n'est pas soumis à la matière et donc aux limites qu'elle suppose.

Selon l'intensité de notre préparation, nous pouvons être réceptifs à la manne divine qui, nous parvenant alors sans les limites d'un revêtement extérieur et inférieur, nous offre les délices extrêmes de toute la profondeur de la Torah de cette lumière divine que l'œil de ce monde ne peut percevoir, " 'ayin lo ra'ata ".


© Centre d'Etudes Juives Ohel Torah

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