PARCHAT BERECHIT

PRENDRE UN BON DEPART

Mr. Philip Elbez
Rabbin de la communauté
de la Rose à Marseille

"Au commencement D. créa le ciel et la terre..."

Rabbi Isaac se demande : Il aurait fallu commencer la Torah par le 12ème chapitre du livre de l'Exode, section Bo : "Ce mois­ci sera pour vous le premier des mois..." car c'est à cet endroit là que nous a été enseignée la première mitsvah de la Torah. Or comme l'essentiel de la Torah se trouve dans la pratique de ces lois, il aurait été logique de nous enseigner tout au début les lois de la Torah qui nous concernent puis dans un livre le récit de la création du monde ainsi que l'histoire des patriarches.

Alors se demande Rabbi Isaac, pour quelle raison la Torah a­t­elle ouvert ses portes par le récit de la création : BERECHIT ? C'est parce­que citant le psaume 111 : "La puissance de Ses hauts faits Il l'a révélée à son peuple, en lui donnant l'héritage des nations "

Rabbi Isaac s'interroge en fait sur un problème beaucoup plus fondamental: la Torah est­elle un livre d'histoire ou un livre de loi ?

Est­ce que je dois m'intéresser à la Torah parce­qu'elle me révèle l'origine et la spécificité du peuple juif, ou alors parce qu'elle contient des lois que je dois observer quotidiennement, qu'importe l'idée que j'ai de mon origine.

Pour faire avancer le débat, posons le problème autrement : lorsqu'un juif "redécouvre" son judaïsme (BAAL TECHOUVA) il se trouve confronté au problème du "DEBUT" c'est à dire qu'il se demande par où commencer.

Faut­il investir son temps dans l'étude de la Torah, dans la réflexion ou faut­il prendre connaissance très rapidement de l'ensemble des lois de la Torah afin de les appliquer au plus vite ?

On lui conseillera, et on aura raison, de ne pas perdre un instant et de suivre scrupuleusement les lois de la Torah. On l'inondera de lois et de pratiques afin de parer au plus urgent. Malheureusement, rares sont ceux qui par la suite s'initient à l'esprit et à l'étude de la Torah.

Or RABBI ISAAC a tranché différemment : il faut tout d'abord insister et appuyer très lourdement sur la connaissance de "la puissance de Ses hauts faits" et par la suite et beaucoup plus tard, prendre connaissance des différentes lois à observer.

L'idée serait la suivante : imaginons qu'après Kippour un juif très éloigné soit attiré par la Torah. Ni il ne connaît les lois ni il ne connaît l'esprit de la Torah. Le premier Chabbat il va entendre la lecture de la section BERECHIT, il va s'intéresser à son contenu et constatera qu'il n'y a toujours pas de MITSVAH ­ loi en vue. Le samedi suivant nous lirons la section NOAH et de la même manière nous n'y trouverons toujours pas de lois à observer. 13 samedis suivants arrive la première mitsvah dans la section BO : La fixation du calendrier ou ROCH HODECH.

Il est étonnant que cet homme aura attendu 15 sections avant d'être, en contact avec la première mitsvah. Comme si la Torah voulait nous enseigner une démarche : l'homme doit profondément s'imprégner de l'esprit de la Torah (à travers son étude, sa réflexion, sans aucune action en échange) avant même de la pratiquer dans ses moindres détails. Un peu comme l'enfant à qui on raconte de belles histoires avant de l'amener à la pratique. Si dans l'accomplissement des lois l'homme se pose autant de questions, c'est parce qu'il lui manque l'esprit avec lequel ces lois sont observées. Un homme qui a pris conscience de l'existence de D. et de "Ses hauts faits" ne se pose pas toutes ses questions. Il applique la Torah avec un sentiment de complicité car il est dans la confidence de D.

Aussi, l'adulte qui revient à la Torah se trouve confronté à un dur problème: il est obligé d'observer la totalité des lois comme un aveugle, avec un esprit qui il n'est pas préparé. Il lui manque ce petit "PLUS", l'ambiance dans laquelle l'accomplissement de la Torah se fait "sans douleurs", Il est évident qu'il nous est totalement interdit d'hésiter dans l'observation de la moindre mitsvah, il faut la faire et c'est tout ! L'handicap vient du fait que notre esprit est souvent en "retard" il ne vibre pas au même rythme que notre action. Une seule solution : continuer très scrupuleusement la pratique et investir le maximum de notre temps dans la réflexion et l'esprit de la Torah. Ainsi celui qui se réjouira à SIM'HAT TORAH, parce qu'il aura compris l'importance de l'esprit de la Torah, pourra du même coup éclairer plus justement son sens de la mitsvah et de l'action.

Si Hachem a pris le temps de faire savoir ; "Ses hauts faits" à ceux qui Le craignent avant même de les soumettre à Ses lois, c'est parce que l'engagement dans la Torah n'est stable que s'il est fondé sur un rapport de confiance. L'homme qui n'a pas accepté qu' "AU COMMENCEMENT D. CREA LE CIEL ET LA TERRE" ne pourra jamais accepter pleinement d'en appliquer ses décrets.
  


© Centre d'Etudes Juives Ohel Torah

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