PARACHAT CHEMINI

LE HUITIEME JOUR…


Mr Gérard Guedj
Comptable, Srasbourg

Vayéhi – Et ce fut – Le Midrach Rabah ( 21-7) indique qu’un texte commençant par Vayéhi annonce un événement tragique ou malheureux.

Ce jour est l’intronisation d’Aaron et de ses fils comme prêtres dans le tabernacle. Il est l’avènement d’un travail réalisé par l’ensemble du peuple d’Israël depuis sa sortie d’Egypte. Cette journée scelle notre lien avec le Créateur.

Durant les sept jours d’inauguration du tabernacle, Moshé a fait le service pendant qu’Aaron et ses fils observaient une garde à l’entrée de la tente d’assignation. Ils avaient l’interdiction de sortir et de quitter leur garde sous peine de mort. (Vayiqra 8 – v 33-36). Dans le verset 35 du chapitre 8 – Parachat Tsav – Moshé rapporte qu’Hachem a ordonné cette garde.

Au huitième jour, c’est au tour d’Aaron et de ses fils d’accomplir le service des sacrifices. La Ché’hina (Présence Divine) réside au sein des enfants d’Israël lors de l’agrément des sacrifices apportés. C’est alors que survient un évènement d’une violence extrême. Nadav et Avihou prennent leurs encensoirs et font fumer de l’encens qu’ils apportent devant Hachem ; service qui ne leur a pas été ordonné.

Un feu sort de devant l’Eternel qui les consume. Ils meurent devant Hachem.

Un jour de joie, pour tout un peuple et pour Aaron consacré grand prêtre, devient un jour de deuil. Un père voit mourir ses enfants.

Comment est-il possible que dans un tel moment, Nadav et Avihou puissent être punis de mort sans aucune autre forme de procès ?

Le Qéli Yakar rapporte plusieurs raisons à cette sanction qui surprennent par leurs natures. Comment imaginer que des prêtres, en pleine réalisation de leur service, entrent saouls dans le tabernacle ou sans s’être lavé les mains et les pieds ou encore, sans avoir les vêtements appropriés. Comment imaginer qu’ils étaient de tempérament à refuser d’avoir des enfants ou de se marier. Comment imaginer qu’ils pouvaient enseigner une loi (l’apport de l’encens) en présence de Moshé leur maître ou, lors de la procession dire : "  Quand mourront ces deux vieux (Moshé et Aaron) et, nous prendrons la charge du peuple ".

Le point commun à ces avis peut être trouvé dans le premier midrash Tanh’ouma de notre paracha.

" Lorsqu’une personne s’occupe d’une mitsva, le mal ne peut l’atteindre "

(Ecclésiaste chap. 8 v.5). Ce début de verset parle d’Aaron car il ne devait pas quitter l’entrée de la tente d’assignation durant sept jours. Le midrash vient expliquer ces sept jours à partir de la paracha Noah’ (chap. 7 – v.4). Hachem demande à Noah’ de prendre les couples d’animaux, d’entrer dans l’arche et, d’attendre sept jours avant que le déluge ne commence à s’abattre sur le monde. Le midrash raba (Chap.32 michna 7) rapporte que cette attente fut des jours de deuil pour Métouchalah’ le juste qui venait de mourir ou, pour la destruction du monde. De même qu’Hachem fit une garde de sept jours avant de détruire le monde, Aaron et ses fils ont dû faire également une garde. La semaine dont on nous parle dans la paracha Noah’ est étonnante dans la mesure où elle a lieu avant l’événement. Si le midrash Tanh’ouma rapproche cette semaine là de la semaine qu’Aaron et ses fils ont observée c’est, à priori, pour aller au-delà de l’acceptation d’un événement (destruction du monde). Elle sert de prise de conscience à l’importance du moment à venir. Pendant cette garde, ils ont étudié l’ensemble des règles relatives aux sacrifices et à leurs fonctions. Cependant, ils auraient dû également s’interroger sur la raison de cette garde.

Ce même verset continue : " le cœur du sage sait que l’heure viendra ainsi que la justice ". Cette fin de verset parle de Moshé qui, lui seul, connaissait les implications de cette mitsva. Il n’expliqua ni la véritable raison ni l’enjeu.

Nadav et Avihou sont décrit dans le Qéli yakar de manière caricaturale afin de grossir exagérément la faiblesse qui les touchait. Ils auraient dû/pu apprendre par ces sept jours qu’une attitude de crainte et de retenue doit être observée durant l’accomplissement des mitsvot. Mais, comme le souligne le verset 3 du chapitre10 de la paracha Chémini, Moshé rapporte à Aaron les paroles d’Hachem : " Bikrovaï éqadech… " par mes proches Je serai sanctifié (Cf. Rachi). De ce verset, nous apprenons qu’ils étaient de grands hommes qui ont mis leurs actes sur le plan de la justice divine. Lors de l’accomplissement d’un acte, (que ce soit un acte de mitsva ou non) si celui-ci est fait avec toute la compréhension et le sérieux qu’il requiert, la plus petite erreur d’accomplissement ou le moindre égarement est sanctionné. Nadav et Avihou, transportés par cette mitsvah n’ont pas mis suffisamment de distance et de retenue dans leur service.

Ils ont apporté un feu étranger devant Hachem.


© Centre d'Etudes Juives Ohel Torah

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