PARCHAT HA’AZINOU

LA BENEDICTION SUR LA LECTURE DE LA TORAH


Mr Jean Haim, Jérusalem

Rav Yehouda dit : d'où sait-on que la bénédiction sur la lecture de la Torah est ordonnée par la Torah ? Car il est dit, au début de notre paracha : ki chem Hachem ekra, havou godéle lélokénou. Selon une traduction première et générale : car c’est le nom de D. que je vais proclamer, veuillez grandir notre Elokénou.

A première lecture, il nous semble étrange que Rav Yehouda veuille sérieusement apprendre la Birkat haTorah de ce verset. Le contexte ne semble pas traiter de la Torah...

Il semble qu'il s'agisse ici d’une dernière mise en garde mise de Moché a l'égard des Bne Israël, en leur rappelant la justice de D. et les méfaits du Klal Israël.

Comment, de ce contexte, peut-on extraire l’ordre de bénir avant la lecture et l'étude de Torah ?

Il est bien sûr impossible d'imaginer que nos Sages se soient amusés à "greffer" des références (samahtot), des appuis, sur les versets de la Torah. Cela serait gratuit, et nous n'avons pas besoin de "nœuds sur notre mouchoir" pour retenir les enseignements de la Torah.

Il nous faut donc dégager l’aspect sérieux et nécessaire de cet enseignement, d'autant plus que selon la lecture de la guémara, tout tend à faire penser que la mitsvah est un ordre De la Torah. (mine haTorah).

Pour confirmation, le Ramban (Nahmanide) dans son décompte des lois positives, et en opposition avec Rambam (Maïmonide, dans son sepher hamitsvoth), rajoute cette loi (bénédiction sur la Torah) comme mitsvah numéro 15, en la rattachant à notre passage de la guémara.(Il serait trop long ici d'expliquer la teneur de la controverse avec le Rambam).

Il nous semble évident, donc, qu'il est question d'un véritable ordre de la Torah… Mais pourquoi sa source serait-elle dans notre paracha ???

Examinons de plus près :

Il est tout d'abord important de noter que le thème de la paracha précédente (Vayakhéle) semble être l’écriture et la transmission par Moché de toute l’œuvre de la Torah, à savoir, le "sépher Torah" : (Devarim 31/9 oukhtov Moché eth haTorah..)

La Torah, une fois écrite, est transmise aux Cohanime, (guides spirituels) et par la suite on traite de la lecture de la Torah qui était faite à la sortie de l’année sabbatique, afin d’enseigner la loi. Puis, de manière surprenante, Hachem avertit Moché et Yehochouah que les Bnei Yisrael après la disparition de Moché vont fauter et vont remettre en question leur attachement à l’alliance. C’est pourquoi il faut écrire et en quelque sorte " rajouter ", in extremis, avant de clore la Torah, le passage de la Chira, (le Cantique) à savoir Ha’azinou, lequel servira d’avertissement pour les Bnei Yisrael.

Vient ensuite un passage (Devarim 31-22) où l’on nous dit que Moché écrit et finit la Torah " Ad Tumam " (complètement). C’est là qu’il réunit le Klal Yisrael pour leur dire, et ceci à travers une lecture de la paracha Ha’azinou, le message ultime à leur transmettre.

Après ces prémices, il nous a semblé possible de voir, ici, l’expression d’un authentique dvar Torah…

Il est question ici d’un homme (Moché) investi de tout son être dans la sagesse de la Torah et préoccupé à transmettre aux autres l’intégralité du message de la Torah (c’est ce qu’on appelait formellement lilmod oulelamed). Cet homme est dans un état de conscience où il ressent à son paroxysme, le message fondamental qui s’exprime à travers la Loi. Cette Chirah qui est une mise en garde adresse aux Bnei Yisrael, est l’expression de la préoccupation angoissée de Moshé, à savoir que ce message, cette loi ne se perde pas et puisse atteindre son véritable but.

D’ailleurs au début de Ha’azinou, Moché formule la prière que son enseignement soit riche et fécond, en le comparant à la pluie et la rosée. Cela veut dire que tout l’être de Moshé est concentré sur son aspiration à vivre et transmettre l’enseignement de la Loi, et ce de la manière la plus puissante et authentique possible !

On peut essayer de relire le verset qui s’enchaîne : " Ki chem Hachem ekra ", car (par la Bénédiction) j’implore " Hachem" (conscient d’être gratifié de sa Sagesse) de nous aider afin que la Loi puisse pénétrer dans notre être.

" Havou godéle lélokénu " quant à vous ! Exprimez votre adhésion en grandissant la louange d’Elokenou.

Pour résumer, la Torah semble nous dire, ici, que s’adonner à l’Etude de la Loi, ne relève pas d’une simple obligation, d’un rite, ou encore d’une liturgie, mais qu’il s’agit clairement de dégager, par la Bénédiction, une prise de conscience personnelle et authentique de notre désir de nous pénétrer de la Loi, et ceci afin d’aborder la Sagesse de la manière la plus féconde possible.


© Centre d'Etudes Juives Ohel Torah

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