PARCHAT 'HAYE SARAH

LE MESSAGE DES MIRACLES

Rav Gilbert Lesmy
Collel Beth Hakerem, Jérusalem

Puisque selon la tradition juive toute chose se trouve dans la Torah, dans notre paracha aussi se cache une leçon instructive qui a une signification actuelle pour toutes les générations et pour toutes les périodes.

Au moment où Eliezer, serviteur d'Abraham, sort pour une mission extrêmement importante qui est de trouver une femme pour le fils d'Avraham, afin de construire la "maison" par laquelle est prévue la continuité de la Maison d'Israël, ce dernier se voit accomplir devant lui combien de miracles et de prodiges. Entre autre, ce "rétrécissement de chemin" devant lui (voir Rachi V. 42) et le fait que Rivka se présente à lui alors qu'il n'a pas encore fini de prier. De même, tout ce qu'accomplit Rivka est sujet à signes et à prodiges comme les eaux du puits qui montent à sa rencontre.

Malgré ceci, il nous est donné d'apprendre que tous ces mirales n'ont revêtu aucune importance auprès d'Yitshak (Isaac). En effet, il est écrit (v. 46) :"le serviteur raconta à Yitshak tout ce qu'il avait fait et (verset suivant) Yitshak la conduisit dans la tente de sa mère" (v.47). Rachi sur place explique qu'Eliezer lui raconta tous les miracles qui lui ont été faits: que le chemin s'est raccourci devant lui et sa rencontre avec Rivka. Et (commente Rachi) sur ce qu'écrit notre Torah que "Yitshak la conduisit dans la tente de sa mère" explique le Targoum qu'il vit en Rivka que toutes ses actions étaient parfaites et ordonnées comme les actions de Sarah sa mère.

La question est à poser : est-ce que ce n'était pas suffissant à Yitshak d'entendre l'enchaînement des miracles que lui a raconté Eliezer pour reconnaître en Rivka la même personnalité de Sarah; pourquoi lui a-t-il fallu attendre pour discerner celle-ci par le fait de la faire entrer dans la tente de sa mère comme l'explique le Targoum?

La réponse est, explique le Rav de Brisk, qu'obligatoirement, malgré tous les prodiges et miracles qui puissent s'accomplir en faveur d'une personne, ceux-ci n'ont en eux mêmes aucune force pour témoigner sur les qualités de celle-ci, et ce, jusqu'à ce qu'il y ait la possibilité de constater qu'il y a une parfaite unité et cohérence dans l'ensemble des actions et de la personnalité de cette personne.

Par contre, va être déterminant aux yeux de Yitshak : la parfaite conformité et unité de Rivka, non seulement au niveau de la vie journalière, mais également au niveau de ses aspirations, comme l'était Sarah sa mère.

En d'autres mots on pourrait l'exprimer de la façon suivante: ce n'est pas la capacité de faire survenir des miracles en faveur de telle personne qui est la mesure essentielle et la preuve qui va déterminer la place de celle-ci dans l'échelle spirituelle de valeur et des qualités par lesquelles il lui est possible de dire qu'elle a réussi dans son ascencion, mais la constatation qu'il y a, chez cette même personne, une parfaite cohérence dans ces actions; que sa conduite est dictée suivant la loi prescrite, qu'elle est accomplie d'une façon continue et suivie et qu'il a y dans le fond même de cette personne nombre de bonnes qualités et de crainte du Ciel. Uniquement par ce biais la possibilité nous l'est donnée de discerner la véritable place de celle-ci et la véritable personnalité.

Rav Haïm de Volozhin commente ce que nos sages enseignent dans la beraïta (Chabbat 53b) : il arriva qu'un homme perdit son épouse, qui lui laissa un bébé à allaiter, et il ne pouvait pas payer le salaire d'une nourrice. Un miracle se produisit : deux seins, comme deux seins de femme, se dévéloppèrent sur sa poitrine et il allaita son fils. Rav Yossef dit: "Viens voir combien grand est cet homme, pour qui se réalisa un tel miracle." Abayé lui dit : "au contraire, combien est diminué cet homme, pour qui on a du changer les lois de la nature."

A priori, il y a ici de quoi nous étonner. Ne trouvons nous pas de nombreux endroits dans notre loi orale des témoignages de miracles qui se sont produits en faveur de nos sages et jamais il n'a été dit qu'il réside dans ce fait une "diminution" de leur statut et de leur personnalité ?du fait que les lois de la création ont été changéesen leur faveur ?

Seulement, vient nous expliquer le Rav de Volozhin, si nous parlons d'un homme parfait (chalem) qui scrupuleusement applique les mitsvoth, respecte la loi, et possède une véritable crainte du ciel assortie de nombreuses autres qualités, de ce fait les prodiges qui vont lui être accompli n'ont comme but que de le "grandir" et certainement pas de le diminuer par rapport à son statut intial : car par ce biais on verra s'acomplir ce qui est écrit : "D. fait la volonté de ceux qui le craignent", même s'il faut changer pour cela toutes les lois de la nature.

Mais, le fait apporté par la guemara Chabbat parle d'un tout autre homme, quelqu'un qui se trouve dans la masse et non quelqu'un qui sort de la masse par sa propre personnalité. Et quand on parle de ce type de personne, même si du ciel on va avoir pitié de lui jusqu'à changer pour lui les lois instaurées au moment de la création, pour telle ou telle raison, ceci ne peut en aucun cas venir témoigner de la grandeur de ce dernier et, au contraire, ceci vient témoigner "combien est diminué cet homme pour qui on a changé les lois de la nature."
  


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