PARCHAT KI TISSA

L'EPREUVE DU RICHE
extrait de 'hokhmath hamatspoun

M. Hervé Sitbon
Comptable, Marseille

La 'paracha ' de Ki Tissa s'ouvre sur la prescription de recenser les Bné Israël en prélevant un demi-sicle ('mahatsit hachékel') de tout homme à partir de vingt ans.

"L'Eternel parla à Moché en ces termes: quand tu feras le dénombrement général des enfants d'Israël, chacun d'eux paiera au seigneur le rachat de sa personne lors du dénombrement, et il n'y aura pas parmi eux la peste quand on les dénombrera."
Beaucoup de Juifs étaient morts au cours de la plaie qui avait suivi le 'het ha'egel', la faute du veau d'or, et Hachem souhaitait déterminer le nombre de survivants. Cette participation individuelle d'un demi-chékel constituait une 'mitsva'  ponctuelle consécutive au 'het ha'egel'. Mais par la suite, elle fut instituée comme donation annuelle permanente. C'est avec l'argent de ces collectes que l'on achetait les animaux destinés aux 'Korbanot Tsibour'  (sacrifices communautaires) afin que tout le 'Klal Israël' ait une part dans les offrandes.
"Le riche n'augmentera rien et le pauvre ne diminuera rien de la moitié du sicle sacré destiné à faire l'expiation pour vos âmes" (Exode 30,15).
Le Ramban (Nahmanide) souligne que c'est une interdiction formelle pour le riche de contribuer plus que ce demi-chékel.
Comment comprendre cette interdiction ? La réponse se situe dans l'enseignement de nos sages:
"La où se trouvent le mauvais penchant et les épreuves se trouvent la Torah et les Mitsvoth pour faire face".
L'interdiction pour le riche de donner plus est une facette de la 'mitsva' de 'mahatsit hachekel'. Elle constitue une  aide à surmonter ses mauvaises tendances.  En effet, la nature du riche est de vouloir régner sur tout son entourage en étant celui qui donne plus que n'importe qui. Par ailleurs, le Talmud (Houlin 46 a) affirme "les gens riches sont avares" et ce, dans le cas où ils ne tireraient aucun intérêt de leurs dons. Cependant, ils sont prêts à dilapider toute leur fortune pour les honneurs.

Ainsi, la Torah oblige le riche à ne pas donner plus qu'un  autre, et par cela elle l'aide à "casser" son envie de dominer. D'autre part, elle lui interdit de contribuer plus qu'un demi-chékel, ce qui le contraint à aller à l'encontre de sa tendance naturelle à l'orgueil, et par voie de conséquence à s'améliorer.

L'idée développée jusqu'ici concernait la richesse matérielle, mais elle peut s'appliquer aussi au domaine de la richesse spirituelle c'est à dire la sagesse de la Torah.

La Guémara dans Berakhot (63 a) nous enseigne l'adage suivant: "Si tu vois que ta génération en veut (des enseignements de Torah), alors enseigne les, sinon ne les éparpille pas pour rien." C'est à dire si tu vois que les gens ne sont pas aptes à recevoir ta Torah, ne transmet par ses enseignements pour t'attirer les éloges et impressionner les ignorants. Tu dois donner la sagesse uniquement à ceux qui la désirent et faire attention de ne pas t'enorgueillir par rapport à ceux qui en connaissent moins que toi.

C'est véritablement ce point qui est le plus dur pour le riche au sens matériel -nous l'avons vu- comme spirituel.

Rav Naphtali Amsterdam raconte au sujet de son maître Rav Israël Salanter qu'un jour il apprit que sa femme avait acquis un billet de tombola. Aussitôt, il convoqua deux témoins pour affirmer que si sa femme gagnait, il renoncerait à ce gain, afin de ne pas être confronté à l'épreuve de la richesse et de peur de ne pas pouvoir accomplir toutes les mitsvoth  qu'un riche se doit d'accomplir.

Pourtant, si on nous proposait gracieusement de nous donner toute la sagesse et de devenir aussi sage que Moshé Rabénou, qui refuserait ??!

Le Midrash Raba (Chémot 3) enseigne que Moshé Rabénou lui-même, cacha sa face de peur de ne pas pouvoir résister à l'épreuve de la sagesse.

Lorsqu'on prend conscience de l'imperfection de notre caractère, on peut apprécier à quel point est précieuse l'aide que nous apporte l'application des mitsvot, à l'entreprise de l'amélioration de nos 'midot.' (Hazon Ish, Emounah ouBita'hon). Par exemple, bon nombre d'entre elles nous enseignent la maîtrise de soi. Une des illustrations les plus significatives, est celle du respect des règles de la Chémita (année sabbatique pour la terre). Le propriétaire du terrain a l'obligation d'abandonner son champ, dont il s'est tant occupé et de le laisser accessible à tout le monde. On comprend que pour cela il doit faire preuve d'une grande maîtrise de lui-même.

Rav Israël Salanter disait qu'il était plus accessible de terminer tout le Talmud plutôt que de changer une mauvaise mida  (trait de caractère).

Qu'Hachem nous aide par l'accomplissement de ses Mitsvoth  à nous améliorer afin de mériter de glorifier son Nom.


© Centre d'Etudes Juives Ohel Torah

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