PARACHAT LEKH­LEKHA

POUR TOI ?

AIbert Cohen, Docteur en physique
Professeur agrégé de physique à Marseille

Va pour TOI, tel est le nom de notre paracha.

Il semble a priori que le projet de vie proposé à Abraham notre père soit bien ìégoïsteî pour le patriarche spécialiste du hessed (bonté).
Nous trouvons une idée semblable dans les Pirkei Avot (Maximes des Pères 1/24).
La Michna nous enseigne: ìSi je ne suis pas pour MOI, qui sera pour MOI ?î.
Autrement dit ­ si je ne me décide pas à me prendre en main, étudier, pratiquer les Mitsvot, m'améliorer et, dans une certaine mesure à bien définir, me préoccuper de mon bien être matériel qui le fera pour MOI ?
Même si ici il semble s'agir d'un conseil et non d'un ordre, le projet n'en n'est pas moins dirigé vers MOI.
La fin de la Michna nous remet bien vite dans le droit chemin en précisant : ìMais si je suis pour MOI, qui suis­je ?
Je dois être pour MOI mais si je suis pour moi je ne suis RIEN, même pas moi?
Nous devons pour résoudre cette apparente contradiction définir l'expression ìpour moiî de deux façons différentes: ­ ìpour moiî doit être un moyen d'accéder à un certain niveau, de progresser de me construire, mais ìpour moiî ne doit pas être le but de mon existence, si je suis moi pour moi je ne suis rien.
Pour être, dans le respect inconditionnel du projet divin, un membre actif et utile du peuple Juif, fonder une famille, aider mon prochain, participer à la reconstruction de la maison d'Israël, au tiquoun ha'olam (réparation du monde) et favoriser ainsi le retour d'exil de la Chekhina (Présence Divine), je dois comme dans toute construction poser les fondations, être moi­même, m'impliquer sans compromission dans l'Etude et les mitsvot, essayer d'atteindre un équilibre personnel spirituel et matériel (de nombreuses mitsvot nous ordonnent de prendre garde à notre santé, d'autres se préoccupent de notre intégrité financière...).

L'homme en tant qu'individu a une très grande valeur, on peut même penser que le monde entier a été crée pour nous.
Cependant, même si le ìpour moiî est important, il ne doit pas être un objectif, il doit me donner les outils nécessaire pour être pour... D.

Il ne faut commettre :

Si, pour être un responsable communautaire, un ì simple î père de famille, un mari, un ami, la Thora m'apprend qu'il faut en tout premier lieu me construire, essayer de toujours tendre moi même à la perfection, être au moins aussi exigeant pour moi que pour les autres, car pour faire messirout nefech (don de SOI ) il faut avoir un SOI à donner, je dois donc aussi savoir mettre de coté ce ì MOI î si difficilement acquis, savoir éclipser mes intérêts personnels lorsque je dois prendre sur MOI pour les autres, sur mon sommeil pour un bébé qui pleure, sur mon temps pour un ami, sur mon moi devant mon épouse ou mon enfant adolescent.

Ceci n'est pas aisé, c'est pourquoi dans la suite du premier verset de la paracha D. promet à Abraham abondance de biens matériels: ìJe te bénirais...î, promesse en laquelle Abraham devra avoir confiance En effet, pour parvenir à mettre entre parenthèses ce ì pour moi î qui m'a demandé tant d'efforts et qui est si cher à mes yeux et être pour les autres, je dois développer ma emouna ( confiance en D.). C'est souvent lorsque je suis inquiet pour moi même que je n'ai pas le temps et la disponibilité d'esprit de m'occuper d'autrui. C'est aussi lorsque je place trop haut le niveau matériel du ìpour moiî qu'il ne reste rien pour les autres, ce niveau est en effet une notion toute relative : ì Qui est riche ? celui qui est content de sa part î. nous dit la Michna [Pirké Avoth 5/1]. Je suis prêt à donner à la tsedaka le surplus, si mon compte en banque est bien garni et que je suis ìtranquilleî selon MA propre définition de la tranquillité.

Pourtant, de même que grâce à ma Emouna je suis disponible le Chabbat pour D. comme si j'avais fini tout mon travail, je devrais tous les jours faire de même avec mon ì pour moi î.

Nos rabanim, nos maîtres, ont souvent, que D. la leur garde, une grande famille dont ils s'occupent merveilleusement mais si ils ont du temps pour nous, pour enseigner, pour consoler, c'est sans doute parce qu'ils savent mettre leur ìpour moiî de coté ils savent que D. s'en occupe, ils ont confiance et ne cherchent pas trop à le nourrir de cette matérialité qui prend tant de temps.

Ils sont pour D. et donc pour nous. Je me suis souvent demandé, en lisant ces si belles histoires sur la vie de nos maîtres si nous étions condamnés à les admirer ou au mieux les copier: ìdans ce cas précis il a agit ainsi, j'essaierais de faire de même mais je n'y aurais pas pensé tout seul !. Comment être moi ­ même une source de bonnes idées et de bon comportement ? Peut être faut­il repartir de sa source, de son ì pour moi î et le laisser bien vite de coté.

Le premier paragraphe du Chéma nous donne lui aussi la marche à suivre :

D. proclame son unicité dans le premier verset, son MOI est incontournable, mais nous ne pouvons découvrir toute sa splendeur. Pour nous, pour les générations pour nous laisser nous exprimer, Il a voilé Sa Face; nous disons à voix basse la deuxième phrase (sauf à Kippour où exceptionnellement nous devons mentionner tous les aspects de Sa Royauté), Il s'est retiré en apparence de la création et c'est nous qui devons désormais Le rechercher dans toutes nos voies, par l'étude les mitsvot et l'émerveillement devant les bontés dont Il nous fait grâce jour après jour.

A propos de l'étude, la suite de ce premier paragraphe continue dans cette voie qui commence par moi et qui s'élargit vers les autres :

Moi, mes proches, l'espace et le temps se remplissent progressivement de la Parole Divine.

Le texte poursuit de même au sujet des mitsvot :

L'ordonnance des deux premiers paragraphes au singulier puis au pluriel suit également cette démarche. D. a dit à Abraham va pour TOI, puis Il lui a confirmé qu'Il s'occupera de ce ì toi î par les bénédictions qu'Il lui a donné pour qu'il puisse en toute sérénité donner ce ìtoiî. Il lui confie alors le rôle de père du hessed et des nations : ìles nations de la terre seront bénies en TOI. Soyons ses dignes descendants en sachant nous construire et comme D. nous voiler en faveur d'autrui afin que LUI se dévoile à nous.
  
© Centre d'Etudes Juives Ohel Torah

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