PARCHAT MICHPATIM

JUSTICE DES JUGES ET JUSTICE DU ROI

(Adaptation d'un texte du "Lev Eliahou" de Rav Eliahou Lopian)


Mr Joel Lévi
Beth Midrach Devar Avraham, Marseille

La première phrase de la paracha est prononcée par Hachem qui s'adresse à Moché en ces termes: "Voici les lois que tu mettras devant eux (devant eux = les juges). Le Midrach Rabba rapporte à ce propos le verset des Tehilim/Psaumes 72 : "A Chelomo, Hachem, donne Tes lois au roi."

Dans la paracha il est bien marqué que les lois sont transmises aux juges et pas au roi comme laisse entendre le verset de Tehilim.

Que veulent donc nous transmettre nos sages dans ce midrach en exposant ces deux versets contradictoires ?

Pour répondre à cette question nous devons d'abord comprendre un certain principe.

Quand une affaire est portée en justice, la sanction qui va être appliquée est déterminée et invariable, sans compte tenu aucun, ni du contexte dans lequel s'est déroulé le délit, ni de la qualité du délinquant ou de ses intentions.

C'est à dire, pour prendre l'exemple d'un vol, que le vol soit commis par un pauvre d'entre les pauvres s'emparant d'une miche de pain appartenant à un riche d'entre les riches, ou qu'inversement, un homme extrêmement aisé dépossède un malheureux de sa seule brebis. La sanction est la même pour l'un comme pour l'autre ; le voleur remboursera le double au volé quand il s'agit d'un objet, le quadruple dans le cas d'une pièce de petit bétail abattu ou vendu par le voleur, le quintuple pour du gros bétail.

Pourtant, en se penchant sur chaque cas, on remarquera quelques différences.

Dans le premier cas le voleur pauvre est aussi un pauvre voleur qui vole du pain pour se nourrir; quant à la riche victime, elle n'est pas gravement lésée.

Dans le deuxième cas le voleur ne manque de rien et s'attaque à un pauvre à qui tout manque pour le déposséder de son seul bien ; l'acte est immonde et cruel. Le voleur s'en tire à bon compte puisqu'il n'aura qu'à rembourser quatre brebis.

La sentence est la même dans les deux cas !

Le même principe se retrouve dans la consommation des aliments interdits.

Deux personnes consomment un aliment interdit - l'une poussée par la faim, l'autre dans un esprit de provocation et de rébellion. Elles seront punies toutes les deux de la même manière(dans le cas où elles étaient informées de l'interdit et prises en flagrant délit) en recevant trente-neuf coups, pas un de moins ni un de plus.

Pourtant, ici aussi, les intentions diffèrent largement.

La punition est la même mais selon les intentions du délinquant, la faute est énorme (premier cas) ou minime (deuxième cas).

A l'évidence, le voleur qui a fait preuve de cruauté ou le consommateur de provocation ne sont quittes que vis à vis la justice des hommes mais il leur restera un compte très lourd à rendre devant la justice divine.

Ce double principe de justice des hommes et de justice divine trouve son illustration dans la réprimande adressée par le prophète Nathan au roi David au sujet de Batchéva.

Le prophète soumet le cas suivant au jugement du roi David : deux hommes se trouvaient habiter la même ville, l'un très pauvre, l'autre fort riche.

Le riche possédait de nombreux troupeaux alors que le pauvre n'avait pour tout bien qu'une seule brebis qu'il élevait avec soin, la nourrissant de son propre pain.

Un invité se présenta chez le riche, ce dernier dédaignant toucher à ses propres troupeaux, s'empara de la brebis du pauvre pour préparer un repas en l'honneur de son invité.

Quelle sanction - demanda Nathan à David- faut-il appliquer dans ce cas ?

Avant de présenter et d'analyser la réponse du roi David, demandons nous ce qu'un Beth Din, un tribunal, aurait répondu.

D'abord, Nathan, étant seul témoin de ce qu'il raconte, son témoignage n'est pas recevable et en admettant qu'il le fût quand même, la sanction décrétée serait le quadruple remboursement de la brebis.

Or, David n'a pas cette réaction mais il condamne à mort le coupable pour sa cruauté (voir verset sur place) et en plus il lui fait rembourser la brebis quatre fois pour son acte.

On n'a jamais vu la peine de mort prononcée pour le vol ! En effet, la Torah ne prévoit aucun châtiment corporel pour ce délit.

En fait, David Hamelekh ne condamne pas à mort en vertu de la justice des hommes mais du fait de la justice divine.

Le Beth Din ne peut s'attacher qu'aux actes, il ne constate que les faits sans investigation ou immixtion psychologique de la part des juges - cela est l'apanage d'Hachem (justice divine).

En effet, l'analyse des intentions, des pensées, des causes, des multiples motifs et des conjonctures inhérentes aux actes, ne peut appartenir qu'à Hachem, et comme nous venons de le voir aussi au roi d'Israël.

Un roi dispose du pouvoir de condamner à mort sur la foi d'un seul témoin et pour la simple cruauté accompagnatrice d'un acte qui lui même n'est pas sanctionné par la mort.

Revenons au premier verset de cette paracha, "Voici les lois (michpatim) que tu transmettras devant eux" - devant les juges. Cette justice s'adressant aux hommes d'une façon générale ne peut prendre en compte que les actes bruts.

Et retournons au midrach, qui évoque le verset :" A Chelomo. Hachem Veuille bien confier Ta justice au roi". La justice divine qui tient compte des intentions, donne-la aussi au roi de sorte qu'il puisse s'en servir dans des situations exceptionnelles.

Le jugement humain, tellement subjectif, ne permet qu'un semblant de justice sur cette terre, qu'une justice minimale qui est loin de pouvoir donner une idée même de la vraie justice qui prend en compte toutes les données et qui est exercée par Hachem.

Chelomo Hamelekh demande qu'Hachem accorde une inspiration divine et une intelligence supplémentaire au roi de sorte que celui-ci soit à même de rendre la justice... la vraie justice, la justice entière, pour que les hommes puissent avoir une idée de la façon entière par laquelle Hachem applique la justice dans ce monde.
 

Ce devar Torah est dédié à la mémoire de notre mère Gillette Lévi ainsi qu'à la mémoire de son frère George Cohen, zatsa"l, décédé depuis peu à Jérusalem.


© Centre d'Etudes Juives Ohel Torah

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