Dans notre paracha nous assistons à la rencontre de Yossef qui vient de passer 12 ans en prison, avec Pharaon qui est perturbé par des rêves que ses sages ne parviennent pas à expliquer. Yossef va résoudre l'énigme des songes du maître de l'Egypte qui, plein d'admiration, s'écriera alors :"Nul n'est plus sage que toi, voici je t'ai placé à la tête de l'Egypte."
Cette décision est totalement surprenante, car on lui avait présenté Yossef comme un "prisonnier" donc suspect voire malhonnête, "jeune" sous-entendu sans expérience, "juif" comprenez étranger , "esclave" donc ne pouvant pas accéder à de hautes fonctions.
D'autre part, savoir expliquer un rêve justifie-t-il le fait d'être placé la tête d'un empire ?
La réponse se trouve quelques versets plus haut. En fait Pharaon a fait passer à Yossef une épreuve pour situer sa véritable personnalité. Les premiers mots qu'il lui adresse sont les suivants : "J'ai eu un songe que nul n'a su expliquer et j'ai entendu que toi tu sais interpréter les rêves." Yossef a effectivement de par le passé expliqué d'autres rêves et il est conscient de posséder cette qualité, d'ailleurs Ya'akov le bénira par la formule : "Ben Porat Yossef", Yossef est un fils fertile. Les trois lettres de la racine du mot PoRaT (fertile)peuvent s'agencer différemment pour former le mot PoTeR (expliquer) aussi que le mot PaRoT (les vaches), ce qui signifierait :"Yossef est un fils fertile qui sait expliquer le rêve des vaches de Pharaon.
D'autre part Yossef a enduré jusqu'à présent de terribles épreuves, et il comprend qu'en quelques instants son existence peut totalement changer. Il suffirait de plaire au maître de l'Egypte, de se faire remarquer et apprécier de lui, de se mettre un tant soi peu en relief là où tous les autres ont échoué pour acquérir la liberté, la richesse et les honneurs.
Qui parmi nous aurait agit différemment ?
Et pourtant, Yossef, lui, décide de replacer les choses à leur juste valeur et il va déclarer : "Moi je ne sais rien, je ne suis rien, c'est D. qui me révélera la réponse et qui parlera par ma bouche." Et la guemara de préciser que le terme "Vaya'ane" signifie qu'il a parlé à haute voix pour que tout le monde puisse l'entendre.
Yossef s'annule devant D. et Pharaon découvre soudain devant lui un personnage humble, honnête et droit, un homme de confiance qui ignore le mensonge et qui possède une authentique crainte de D. ce qui va justifier sa décision car il sent alors que seul celui qui possède des qualités tellement nobles et élevées peut prendre la direction de son empire.
"Celui qui a la vraie crainte de D. ses paroles sont écoutées et il trouve grâce aux yeux du monde." (Soucah 49)
D'ailleurs, jamais Yossef ne trahira cette confiance qu'on place en lui et même lorsqu'il s'agira d'envoyer quelques charrettes à son père, il ne le fera qu'avec le consentement de Pharaon.
En fait, il y a lieu de se demander comment Yossef a pu devenir si grand dans une telle tourmente ?D'où a-t-il puisé ses forces ?
La réponse nous parvient quelques versets plus loin, alors qu'il s'est dévoilé à ses frères et que ceux-ci craignent une vengeance de sa part, il leur dit :"Non, ce n'est pas vous qui m'avez vendu, c'est D..."
Sa véritable force c'est que dans chaque événement de a vie il a su voir la main de D. qui agissait.
Rappelons nous : c'est un jeune homme de 17 ans qui est brutalement arraché à l'affection de son père, il est jeté dans un puits avec des serpents, vendu à des étrangers, exilé dans un pays inconnu, réduit à l'esclavage, puis enfermé pendant 12 ans pour une faute qu'il n'a pas commise, pire que cela, il est jeté en prison justement pour ne pas avoir fauté avec la femme de Potiphar.
Toute autre personne à sa place aurait été brisé et anéanti moralement par ces épreuves. Yossef, lui, a une confiance totale en D., un bita'hon absolu, il sait que les épreuves servent à le purifier et à le grandir. Il s'améliore car il est convaincu que tout vient de D.
D'ailleurs lorsqu'on l'amène subitement devant Pharaon il n'est pas du tout déstabilisé, au contraire, il garde une totale maîtrise de soi ; de plus, même en prison il est capable de dévoiler les songes par rou'ah hakodech, par un Esprit Saint, dont on sait qu'il ne réside que sur une personne qui est dans la joie ce qui n'est que la conséquence de cette confiance totale en D.
Et cette dimension de bita'hon on la retrouve chez tous les grands d'Israël, par exemple lorsque D. réclame d'Avraham son fils en offrande, à la dernière seconde, alors que le couteau va s'abattre sur Isaac, Avraham entend un ange qui l'arrête in extremis. Or, si Avraham entend l'ange, c'est que réside en lui le rou'ah hakodech, ce qui signifie que même en cet instant tragique il est dans un état de joie profonde ; la difficulté de l'épreuve n'a pas altéré sa sérénité, il a confiance en D...
A l'inverse, s'il s'était abandonné à l'amertume et à la tristesse, il n'aurait pu percevoir l'appel de l'ange, il aurait ainsi échoué son épreuve et peut-être que la mission d'Israël aurait ainsi été compromise.
La guemara nous rapporte que rabbi Akiva, lorsqu'il se trouvait dans une situation difficile avait l'habitude de dire :"Tout ce que D. fait, c'est pour le bien." Et le Ben Ich 'Hai, dans son séfer Benayahou Ben Ye'oyada nous dévoile véritablement un secret. Il nous dit : "Ne croyez pas que rabbi Akiva est un fataliste qui tente de se consoler dans son infortune, bien au contraire, il connaissait la force créatrice de la parole et il savait qu'en disant "D. n'agit que pour le bien", il exprimait ainsi sa confiance en D. et il pouvait, par ce mérite, conduire une situation incertaine vers une issue positive.
En conclusion, on doit toujours garder confiance, et dans l'adversité
nous devons savoir que "kets sam le'hocheh", qu'il y a un fin à
l'obscurité. Et rabénou Yona d'ajouter :"C'est l'obscurité
même qui sera la cause de la lumière."