La parasha Tetsavé nous raconte en détail les différents
vêtements que le Kohen Gadol, le Grand Prêtre, devait porter
lors de son sacerdoce. Les 'Hahamim, les sages, donnent de multiples significations
sur la portée symbolique de chacun des vêtements, sur leur
forme etc.... Mais tel n'est pas l'objet de notre étude.
Il me semble intéressant de noter que cette parasha est
lue aux alentours de Pourim.
Quel lien et quels enseignements pouvons nous en tirer dans notre service
quotidien d'Hashem ?
Nous pouvons distinguer un premier rapport, en effet, Pourim est la
fête du déguisement, du changement d'habit.
La Guemara Meguila page 12a nous explique que l'on trouve une similitude
entre un descriptif du Kohen Gadol avec l'épithète Tipheret,
et le même terme qualifiant Assuérus, le roi de la Meguila
Esther. Rabbi Yossi bar Hanina en déduit que le roi Assuérus
portait les vêtements du Kohen Gadol le 180ème jour de son
festin.
Voilà donc un lien étroit entre notre Parasha et la Fête
de Pourim. Le vêtement...
Quel est l'importance du vêtement ? Comment un Juif doit il s'habiller ?
La notion de vêtement est étroitement liée a l'histoire de Adam et Hava. Après avoir fauté, Adam et Hava se sont sentis "nus". Et Hashem leur confectionna un habit. Le premier habit de l'histoire de l'Homme. Le mot habit en hébreu se dit Begued. Il s'agit du même terme employé dans les tahanounim, les prières quotidiennes de repentir, ashamnou, bagadnou..., nous nous sommes révoltés. En effet, Adam et Hava se sont révoltés contre l'ordre d'Hashem, ils ont du "donc" mettre un vêtement.
Habit et Révolte ont la même racine hébraïque.
Avec cet éclairage, regardons les différents phénomènes de révolte de notre temps. Les Hippies des années 60, les Punks, les Anarchistes etc..., tous reconnaissables grâce à un habit distinctif.
Continuons chronologiquement notre Torah. Nimrod, le grand chasseur qui grâce à la tunique d'Adam, attirait les animaux. Et puis Yaacov qui offre une tunique spéciale (ketonet passim) signe distinctif à Yosseph, objet de jalousie de ses frères. Et puis l'exil d'Egypte, où nos ancêtres ne durent leur salut entre autres que grâce au fait de conserver leur Habit. Et puis surtout le commandement des tsitsit, afin de faire de nos vêtements des éléments du service d' Hashem:
Le vêtement : révolte ou élément du service d'Hashem.
Revenons maintenant à notre comparaison entre le Kohen Gadol et le roi Assuérus. L'un et l'autre portaient le même habit avec une majesté royale. Un détail très intéressant de ce vêtement est que tout autour pendaient des clochettes. Afin que leur tintement annonce l'approche du Kohen Gadol, et de ce fait commente Rabénou Bahya il ne pouvait rentrer dans le sanctuaire d'Hachem, le Roi des Rois qu'en se faisant délicatement annoncer.
Pour Assuérus toute personne qui entrait voir le roi sans permission
était mise a mort.
Dans le cas du Kohen Gadol il y avait simultanément la majesté,
la splendeur mais aussi la soumission au service Divin.
Pour Assuérus il n'y avait que volonté de s'approprier
la majesté royale du Kohen Gadol. Afin de ramener à lui tout
les attributs de gloire. C'est en quelque sorte par révolte contre
Hashem qu'il porte ces vêtements et se fait admirer de tous ses sujets.
Ici apparaît la différence essentielle entre un même
vêtement porté par un Juif et un non juif.
Le juif doit avoir conscience d'être toujours convenablement
habillé sans excès et ses vêtements doivent être
le prolongement du service d'Hashem ( tsitsit, chaatnez, gartel pour
certains ).
Il est intéressant de noter la façon dont certains juifs Hassidim s'habillent. Extérieurement ils ont un pantalon, une chemise, une veste, comme tout un chacun. Mais le pantalon est porté de façon différente presque comme un bermuda avec des chaussettes qui remontent jusqu'au genoux. La chemise au lieu de se fermer coté gauche sur coté droit, se ferme coté droit sur coté gauche. Ici l'habit est non seulement une façon d'honorer Hashem, (par exemple le coté droit de la chemise sur le coté gauche signifie d'après le Zohar, que l'attribut de Hessed (bonté) doit prédominer sur l'attribut de Din (rigueur), mais aussi une protection contre l'environnement.
"Sachons rester nous mêmes" a écrit le philosophe Français
d'origine marrane Michel de Montaigne. Sachons conserver notre identité
profonde jusque dans ses moindres détails, sachons honorer Hashem.