PARCHAT TSAV
LA LECTURE DES SACRIFICES
Dr Paul Maruani
Chirurgien dentiste, Marseille
Avec le livre Vayikra que nous venons d'aborder, nous entrons
de plein pied dans une partie difficile du 'houmach qui réglemente
les lois concernant les korbanoth, (les sacrifices) et les kohanim,
(les prêtres).
Selon la guemara Kidouchin 29 le terme même de Tsav (ordonne,
comme dans le mot mitsvah ) est un mot qui encourage le zèle.
En même temps ce terme signifie que l'ordre en question s'applique
invariablement à tous temps! Cette paracha aurait donc un
effet de stimuler notre emouna (foi) et ce, y compris de nos jours.
Pourtant, il est vrai que l'on pourrait, au contraire, ne pas se sentir
directement concerné par cette lecture. En effet, celle si semble
:
-
Ne s'adresser qu'à une espèce d'élite minoritaire
parmi la population (les kohanim),
-
Ne concerner qu'une période historiquement relativement courte du
peuple juif, celle où a existé le Temple,
-
Ne mettre en scène que des êtres doués d'une conscience
particulièrement affinée de la kedoucha (sainteté)
et caractérisés par un état parfait de tahara
(pureté).
Cette situation parait restrictive et même très éloignée
de notre réalité, de notre vécu.
Dans les dernières lignes du chapitre 6, nous découvrons
un indice qui pourrait nous amener vers la réponse à ce paradoxe.
Le verset 20 proclame : kol acher yiga ... yekadech, tout ce
qui entrera en contact doit être sanctifié.
Cette phrase concerne le cas de 2 sacrifices de saintetés différentes
qui seraient entrés en contact l'un avec l'autre.
Celui de la kedoucha (sainteté) inférieure se
hisserait par ce contact au même niveau que celui de sainteté
supérieure et
en contracterait toutes les obligations.
Sur ce, Rachi précise qu'il s'agit ici non pas d'un simple contact
mais bien d'une absorption.
L'application de ce principe pourrait être étendue à
l'ensemble des Bné Israël eux mêmes mis en contact avec
le monde des korbanoth (sacrifices).
En effet, la kedoucha, la sainteté, qui régnait
au Beth Hamikdach, au Temple, la présence même des
kohanim, s'activant dans le service divin représentait déjà
par elle toute seule une telle élévation que quiconque était
confronté avec elle en tirait profit.
On ne peut rester le même après avoir vécu une
telle expérience de sainteté même si on n'en a pas
saisi la totalité de la portée.
Ce qui est donc primordial c'est de pouvoir s'imprégner de ces
textes et de ces valeurs...
C'est sans doute pour cela que la guemara affirme que celui qui (faute
de mieux) ne peut que lire les passages relatifs au déroulement
des sacrifices dans les prières quotidiennes, est considéré
comme s'il avait approché lui même ces sacrifices.
Toutefois, ceci, précise immédiatement Rachi, à
condition que le contact soit absorbant !
L'abord de ces valeurs ne peut, en effet, être que superficiel
; il doit s'agir d'une véritable imprégnation.
Autrement dit, à la base de la rencontre avec des valeurs spirituelles,
il doit y avoir une certaine recherche personnelle.
Cette volonté s'étant manifestée, on nous assure
alors du résultat. Yikdach, il sera sanctifié (à
la forme passive d'ailleurs).
Cette sanctification concédée reste encore démesurée
à coté du simple contact (absorbant, il est vrai) qui l'a
provoqué et ce d'autant que, contrairement aux lois de touma
(impureté), a un caractère inaltérable et non passager
(commentaire de rav Munk - La Voix de la Torah).
Rabbi Yossi ben Yo'ezer précise dans les Pirké Avoth
1/4: "Que ta maison soit un lieu de rassemblement de'hahkamim, des
sages, et que tu t'attache à la poussière de leurs pieds."
Et aussitôt nous assure le verset de notre paracha, kol acher
yiga bahem yikdach, ce qui touchera sera sanctifié...
Et ici nous assure le passouk (verset) tout ce qui touche...
sera sanctifié!
Nous comprenons maintenant mieux pourquoi cette paracha est
si attachante et pourquoi elle exerce sur ses lecteurs une envie d'élévation
d'âme.
Nous pouvons alors sûrement continuer sa lecture avec une envie
dédoublée de mieux la comprendre et de nous familiariser
avec cet héritage spirituel pour qu'elle nous devienne plus personnelle
encore.
© Centre d'Etudes Juives Ohel Torah
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