M. Yechiel Jessurun
Beth Midrach Gavo'a, Lakewood U.S.A.
Vayichlah Ya'akov malahim lefanav el Esav a'hiv, et Jacob envoya des anges avant lui à Esau son frère.
Ya'akov (Jacob) se prépare à rencontrer son frère après 22 ans de séparation et il envoie des anges afin de connaître quelle était la position de son frère Esav.
Ce dernier était accompagné d'une armée de 400 personnes. Ya'akov se prépare et enfin de compte il réussit s'en sortir malgré ses craintes du passé.
Il y a lieu de se poser la question pourquoi donc des malahim, des anges et pas des espions ou des proches.
Va'yar Ya'akov me'od vayetser lo, et Y'akov eu très peur et il fut angoissé. Rachi sur place commente ce verset en disant : chéma yigrom ha'heth, de peur d'avoir commis une faute.
De quelle faute éventuelle est ce Ya'akov avait peur ? De plus, comment est ce que les 400 personnes ont pu le faire trembler alors qu'Hachem l'avait promis d le garder et de l'aider dans toutes les circonstances.
L'idée est peut être la suivante : la nissayon, l'épreuve de l'exil représente deux dangers ; le premier étant physique. On remarque à travers l'histoire du peuple juif que c'est la notion qui a plus souffert. La raison semble évidente: si tout le peuple était décidé d'étudier la Torah et d'accomplir les mitsvoth comme il se doit, il n'y aurait pas de raison d'être persécuté!
La deuxième épreuve de l'exil du peuple juif, est d'ordre spirituel : on aurait pu croire qu'en galout, en exil, on ne devrait pas y avoir de différences entre le peuple juif et les autres peuples et que l'assimilation serait la solution parfaite.
Or, c'est justement là où se trouve l'épreuve car être proche des nations signifie automatiquement s'éloigner e Hachem. on est loin d'être une nation comme les autres et on se doit de se tenir à l'écart pour s'élever vers Hachem.
On trouve cette idée au moment où le prophète (païen) Bil'am bénit le peuple juif en disant : héne 'am levadad yicon oubagoïm lo yé'hachev, voici un peuple qui est solitaire et qui ne se confond point avec les nations [Bamidbar 23/9].
Il est apporté dans le traité de Pess'him (118) que le départ en galouth, en exil, a été décrété justement par ce que certains Juifs à l'époque du Temple souhaitaient se confondre avec les non-juifs. De même nous enseigne un midrach, en Egypte les bné Yisrael ne voulaient pas se circoncire afin d'être similaires aux Egyptiens. C'est qu'alors eux aussi pensaient qu'en galouth, il importe de s'assimiler aux nations. Or, c'est exactement le contraire qui se produit chaque fois ; les Egyptiens sont allés jusqu'à vouloir exterminer les Juifs (qui pour autant s'efforçaient de leur ressembler).
On comprend maintenant que Ya'akov a eu peur d'être influencé par Esav et ses idées au moment de la rencontre. Il devait donc garder une certaine distance avec son frère pour rester avec sa pureté, afin qu'Hachem l'aide comme promis. Et voilà donc qu'il prie hatsiléni na miyad a'hi miyad Esav, s'il Te plait, sauve moi de la main de mon frère de la main d'Esav.
La Torah appuie souvent sur le terme "ahi", mon frère, "a'hikha", ton frère car c'est de cela que Ya'akov avait le plus peur et il prie Hachem de le secourir de la piège de la fraternité. Maintenant nous comprenons pourquoi donc Ya'akov choisit à envoyer des melakhim, des anges véritables à la rencontre d'Esav, car seuls des anges ne risquent point d'être influencés et seuls eux pouvaient analyser la situation pour savoir quelle ruse Esav allait utiliser pour faire fléchir Ya'akov.
Nos 'hahamim, nos sages nous enseignent que ma'assé avot siman labanim, que les histoires de nos ancêtres sont révélatrices de ce qu'il arrivera aux descendants. Ainsi Ya'akov nous montre l'attitude qu'il faut avoir envers les nations.
Puisse Hachem nous aider à rester un peuple "solitaire et distingué"
qui ne se laisse pas influencer et conditionner en permanence par les modes,
et vogues dictées par les nations.