PARCHAT YITRO

QUELLE RELATION AVEC HACHEM ?


Rav Yitshak Jessurun

Cette paracha a la particularité de porter le nom d'une personne qui n'était pas née juive. Yitro -à qui cette lecture hebdomadaire doit donc son nom- était un prosélyte ; converti au judaïsme après avoir été auparavant un grand-prêtre pour le culte de l'idolâtrie.

Ce Yitro, beau-père de Moché Rabénou, s'étant sincèrement joint au peuple juif, s'étonna des longues heures que son gendre Moché passait quotidiennement pour répondre aux questions de tous les Juifs. Aussi conseilla-t-il à Moché de demander Hachem si vraiment cela était Son désir, car, autrement, il aurait convenu de répartir cette tâche parmi les nombreux responsables capables, de sorte que Moché lui même resterait disponible pour les questions les plus difficiles.

Hachem ordonna à Moche d'agir selon le conseil de Yitro. L'ancien idolâtre a donc enrichi la Torah d'une paracha, d'un enseignement ! Le nom Yitro signifie, en effet, "celui qui a ajouté".

L'idée est la suivante : la Torah veut nous faire savoir que toute personne sans exception, ne serait-ce qu'un idolâtre acharné, si elle est honnêtement à la recherche de la vérité, peut trouver sa part exclusive dans la Torah. De surcroit, elle aura l'occasion de révéler des aspects de la Torah qui jusqu'à là était ignoré de tous!

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A quel moment Yitro a-t-il décidé de devenir Juif ? Le premier verset de la paracha nous dit : vayichma Yitro, et Yitro entendit, sans préciser pour autant ce que Yitro a entendu exactement. Rachi dit au nom du midrach: c'est la scission de la mer et la victoire sur 'Amalek qui ont amené Yitro à se joindre au peuple juif. C'est à propos de ces deux bienfaits que Yitro déclarera : 'ata yada'ti, maintenant je sais, que Hachem est le plus grand de toutes les forces.

Rabbi Moché Soffer, dit le 'Hatam Soffer, nous rappelle d'abord un autre midrach, selon lequel Yitro avait été un des trois conseillers suprêmes de Pharaon. Quand, pour des raisons humanitaires, il s'était opposé aux initiatives Egyptiennes de contenir les juifs par la terreur et par le labeur abusif, il avait été expulsé de la cour et avait du s'enfuir au pays de Midian. Ensuite le 'Hatam Soffer commente ce midrach de la façon suivante : quand est-ce que Yitro reconnaît la grandeur d'Hachem ? Quand il voit la fin sublime de l'histoire par les miracles et la réhabilitation du peuple juif. En Egypte même, Yitro était révolté contre Hachem. Comment est-ce que D. peut laisser un peuple souffrir si inhumainement ? Mais maintenant, voyant dans la conclusion la gloire illimitée d'Hachem et le sauvetage des Bné Israël, à travers la scission de la mer et de la victoire sur 'Amalek, il déclare: ata yada'ti, maintenant je sais...

Or, c'est justement là la grandeur du peuple juif ; même au plus profond de leur misère et au plus amère de l'esclavage, ils n'avaient jamais mis en doute la présence et la sagesse de D.!

Combien de personnes s'émerveillent aujourd'hui du "miracle" de l'état d'Israel en déclarant pouvoir de nouveau "croire en D."? Mais les juifs authentiques sont ceux qui même au plus sombre de la nuit de l'extermination des Nazis, sont restés fidèles à Hachem sans ne rien remettre en question !

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D'où cette différence ? Pourquoi tous les Yitro de l'histoire ne peuvent agir positivement envers Hachem que lorsque les affaires réussissent et lorsqu'ils peuvent "voir" que le programme divin marche bien, tandis que les Juifs admettent la présence d'Hachem tout au long de l'histoire même aux pires des moments et même dans la plus grande souffrance ?

Cela tient à la différence de la relation que l'on souhaite avoir avec Hachem. Yitro, tout en fin théologue et en philosophe accompli, est en vérité très distant d'Hachem. Certes, il excelle par une honnêteté exceptionnelle, si grande qu'il parvient à reconnaître la présence de D. comme Créateur. Toutefois, il n'a pas de relation avec Lui autre qu'intellectuelle. Il peut "prouver" D. Il peut Le démontrer et il est prêt à vivre en conséquence de ses découvertes théologiques. Il n'en est pas moins que dans ces conditions certains aspects du "comportement" divin resteront "insupportables". La souffrance ne sera jamais adoucie par la conscience intellectuelle de la nécessité des difficultés.

La relation du peuple juif avec D. est toute autre. "Avinou ata", Tu es notre Père... La relation est basée sur des émotions et en particulier sur l'affection; et l'affection rend tout supportable...

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Le "monothéisme juif" est à deux mille lieues du monothéisme chrétien. Le premier a jailli du temps d'Avraham avinou et a été confirmé collectivement au moment du don de la Torah. Celui-ci a été basé d'abord sur une relation entre l'Eternel et Avraham Avinou et ensuite de nouveau sur une relation entre Hachem et le Peuple Juif.

Le Décalogue était avant tout un dialogue : D. Se présentait en disant "Je suis l'Eternel qui vous a fait sortir du pays d'Egypte", et le peuple juif qui répondait "Nous ferons et nous écouterons".

A de rares exceptions près, il n'existe pas de théologues juifs. Un enfant ne "philosophe" pas sur l'authenticité de ses parents, leur authenticité est un fait à priori de par leur relation vécue! Seul un étranger de l'extérieur peut se poser une telle question.

La révolution monothéiste chrétienne s'est faite infiniment plus tard, au moyen âge, par les nombreux théologues de l'église qui se sont donné comme tâche de prouver D. et d'établir Son Essence. En effet, à cette époque la présence de D. dans le monde n'était plus "palpable". Depuis la destruction du Temple, D. avait déjà retiré Sa Majesté du monde. Depuis les faits ont été réfléchis "objectivement", à une distance certaine de D. Ils ont donc abordé D. philosophiquement, "théologiquement", de la même manière que par l'intellect on pense et analyse les émotions ou les objets.


Yitro était une classe à part ; si grand dans son honnêteté qu'il a eu sa place dans la Torah ; il a même pu y ajouter une paracha. Telles sont les forces de l'intégrité morale et de la droiture intellectuelle. Mais cette paracha n'a pu s'ajouter qu'à une Torah entière qui était déjà là et qui était l'expression de la relation affective et du rapport intime que chaque Juif vit avec Son Créateur.



© Centre d'Etudes Juives Ohel Torah

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